Alain Nkontchou, le nouvel actionnaire majoritaire d’Ecobank Groupe.
Le paysage actionnarial d’Ecobank connaît l’un de ses plus importants bouleversements depuis près de deux décennies. En validant l’entrée de Bosquet Investments Limited au capital du groupe bancaire panafricain, la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ouvre une nouvelle séquence dans l’histoire d’une institution présente dans plus de trente pays africains.
L’annonce a été faite à Lomé à l’issue de la 38e Assemblée générale annuelle d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI), la holding du groupe. Le président du conseil d’administration, Papa Madiaw Ndiaye, a confirmé que le régulateur bancaire avait donné son feu vert à la finalisation de la transaction permettant à Bosquet Investments d’acquérir les 21,22 % détenus jusque-là par le groupe sud-africain Nedbank.
Au-delà d’un simple changement d’actionnaire, l’opération modifie profondément les équilibres de gouvernance du groupe. Bosquet Investments est contrôlé par le financier camerounais Alain Nkontchou, fondateur d’Enko Capital et figure reconnue de l’investissement en Afrique. En ajoutant cette participation aux 2,83 % déjà détenus à travers Enko Opportunity Growth Fund, l’investisseur porte désormais son exposition à Ecobank à plus de 24 % du capital.
Cette position lui permet de devenir le principal actionnaire individuel de la banque, devant plusieurs investisseurs institutionnels internationaux, dont Qatar National Bank et Arise B.V., la plateforme d’investissement soutenue notamment par des institutions européennes de développement.
Pour Alain Nkontchou, cette montée au capital constitue moins une découverte qu’un retour au premier plan. Entre septembre 2020 et juin 2024, il a présidé le conseil d’administration du groupe, contribuant à piloter une période marquée par la consolidation financière de l’établissement et l’accélération de sa transformation numérique.
Son retour parmi les principaux centres de décision intervient alors qu’Ecobank poursuit une stratégie de croissance axée sur la banque digitale, les services transactionnels et l’intégration financière africaine. Le groupe revendique aujourd’hui une présence dans 35 pays, plus de 32 millions de clients et un réseau figurant parmi les plus étendus du continent.
L’opération marque également la sortie définitive de Nedbank, actionnaire historique depuis 2008. La banque sud-africaine a choisi de réallouer ses ressources vers l’Afrique de l’Est, où elle a engagé une stratégie d’expansion autour du marché kényan. Cette réorientation illustre les recompositions en cours dans le secteur bancaire africain, où les grands groupes privilégient désormais des positions plus ciblées géographiquement.
Pour Ecobank, ce changement actionnarial intervient dans un contexte favorable. Le groupe a enregistré ces dernières années une amélioration de ses indicateurs financiers, soutenue par la croissance des activités de banque de détail, des services de paiement et du financement du commerce intra-africain, porté notamment par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La question de la gouvernance reste désormais ouverte. Interrogé sur une éventuelle candidature d’Alain Nkontchou à la présidence du conseil d’administration, Papa Madiaw Ndiaye s’est montré prudent, rappelant que cette décision relève exclusivement des organes compétents du groupe.
Mais au-delà des considérations institutionnelles, l’entrée renforcée de Bosquet Investments est perçue par plusieurs observateurs comme un signal fort en faveur d’un capital africain davantage présent dans les grandes institutions financières du continent. Dans un secteur où les investisseurs internationaux demeurent dominants, l’opération illustre l’émergence progressive d’une nouvelle génération d’actionnaires africains capables d’influencer durablement la trajectoire des groupes stratégiques.
Pour Ecobank, l’enjeu est désormais de transformer cette nouvelle configuration actionnariale en levier de croissance. Pour Alain Nkontchou, elle constitue l’aboutissement d’une stratégie patiemment construite visant à renforcer la place du capital africain au sein des champions financiers du continent.



