L’Union camerounaise de brasseries (UCB) franchit un cap dans son développement industriel. Depuis le début de l’année 2026, le groupe commercialise pour la première fois ses boissons en format canette sur le marché camerounais. Cette nouvelle offre concerne notamment Kadji Beer, Spécial Pamplemousse et KiQ, trois marques phares du portefeuille de l’entreprise.
Au-delà d’un simple changement de conditionnement, cette évolution traduit une transformation stratégique du brasseur camerounais. Longtemps dominé par la bouteille en verre, le marché national des boissons connaît une mutation progressive portée par l’évolution des habitudes de consommation et l’essor de nouveaux circuits de distribution. Plus légère, plus pratique et mieux adaptée aux grands rassemblements comme aux longues distances de transport, la canette s’impose progressivement comme un format incontournable pour les industriels du secteur.
Cette entrée dans l’univers de la canette s’appuie sur la montée en puissance de l’usine Moungo, implantée au sein de la Kadji Sports Academy à Douala. Mise en service dans le cadre du vaste programme d’investissement du groupe Kadji, cette unité industrielle, évaluée à près de 100 milliards de FCFA, dispose d’une capacité de production annuelle estimée à deux millions d’hectolitres. Elle complète les installations historiques de Douala-Bassa et renforce considérablement les capacités de production de l’entreprise.
Le lancement de ces premières boissons en canette intervient également dans un contexte marqué par la volonté des producteurs locaux de mieux répondre à une demande longtemps alimentée par des importations informelles. Selon plusieurs acteurs du secteur, une part significative des boissons conditionnées en canette consommées au Cameroun provenait jusque-là de circuits non officiels. En développant ses propres capacités de conditionnement, UCB entend ainsi récupérer une partie de cette demande tout en consolidant ses positions sur le marché national.
Mais l’ambition du groupe dépasse les frontières camerounaises. Pour UCB, la canette constitue également un outil de conquête régionale. Plus résistante au transport et plus facile à distribuer sur de longues distances, elle offre des avantages logistiques particulièrement adaptés aux marchés d’Afrique de l’Ouest. Le projet de création d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette logique. Celui-ci pourrait servir de plateforme régionale pour alimenter plusieurs pays voisins à partir des capacités de production du Cameroun et de l’usine récemment ouverte à Aba, au Nigeria.
Cette stratégie se déploie dans un environnement concurrentiel particulièrement exigeant. Le marché camerounais demeure dominé par la SABC, dont la position s’est renforcée avec l’intégration des activités de Guinness Cameroun. Face à cette concentration croissante, les acteurs alternatifs misent sur l’innovation industrielle, la diversification des formats et l’expansion géographique pour gagner en compétitivité.
Avec l’introduction de ses premières boissons en canette, UCB ne se contente donc pas d’élargir son offre commerciale. Le groupe pose les bases d’une nouvelle phase de croissance fondée sur la modernisation de son outil industriel, l’optimisation de sa chaîne logistique et son déploiement progressif sur les marchés ouest-africains. Une stratégie qui pourrait redessiner son positionnement dans l’industrie brassicole régionale au cours des prochaines années.



