Avec cette décision officielle, ESS franchit un nouveau cap dans sa stratégie de diversification. Déjà actif dans l’intermédiation boursière via ESS Bourse et dans la gestion d’actifs à travers ESS Asset Management, le groupe dirigé par Christian Din Dika consolide progressivement un modèle de groupe financier intégré, capable d’intervenir sur plusieurs segments de la chaîne de valeur financière.
Cette entrée dans la microfinance n’est pas un mouvement improvisé. Elle s’inscrit dans une trajectoire testée d’abord au Gabon, où ESS a lancé ses premières activités de microfinance en février 2025. Selon son dirigeant, le choix du Cameroun et du Congo comme prochaines étapes répond à une logique de consolidation régionale sur les marchés les plus dynamiques de la zone CEMAC.
Sur le plan opérationnel, l’agrément délivré par le ministère des Finances, après validation de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), autorise désormais ESS Microfinance Cameroun S.A. à collecter l’épargne du public et à distribuer des crédits. Cette autorisation marque une montée en gamme réglementaire, la deuxième catégorie représentant un niveau plus structurant dans l’écosystème des établissements de microfinance.
Le groupe arrive sur un marché particulièrement dense et concurrentiel. Le Cameroun concentre à lui seul près de 74 % des établissements de microfinance actifs de la CEMAC, avec 384 institutions sur 521 recensées en 2024. Ce poids en fait le principal hub sous-régional du secteur, mais également un espace fortement fragmenté et sous pression réglementaire.
Les performances globales du secteur camerounais témoignent toutefois de son importance systémique. Toujours selon la COBAC, le total de bilan des établissements de microfinance s’est établi à 1 160,6 milliards de FCFA en 2024, en hausse de 3,2 %, tandis que les encours de crédits ont progressé de 6,6 % pour atteindre 659,4 milliards de FCFA. Ces chiffres traduisent une demande soutenue en financement de proximité, notamment auprès des PME et des ménages urbains.
Mais cette croissance s’accompagne de fragilités structurelles. Le régulateur bancaire souligne des difficultés récurrentes liées au respect des ratios prudentiels, notamment en matière de liquidité et de couverture des risques. Plusieurs établissements ont récemment été placés sous administration provisoire, illustrant la nécessité d’un renforcement de la gouvernance et de la solidité financière du secteur.
Dans ce contexte, ESS devra démontrer sa capacité à conjuguer expansion et rigueur réglementaire. Fort de son expérience sur les marchés financiers régionaux, notamment à travers des opérations de levées de fonds pour des États et institutions comme la BDEAC, le groupe entend capitaliser sur son expertise pour se positionner comme un acteur hybride, à la croisée de la finance de marché et de la finance inclusive.
À terme, cette nouvelle activité pourrait renforcer la stratégie globale du groupe, qui vise à construire une plateforme financière intégrée en Afrique centrale, combinant marché des capitaux, gestion d’actifs et financement de proximité, dans un environnement où la bancarisation demeure encore partielle mais en forte progression.



