Manuel Moses, directeur général de l'African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI).
Dans un environnement marqué par la hausse des taux d’intérêt et la raréfaction des financements concessionnels, l’Afrique cherche de nouveaux leviers pour sécuriser ses investissements structurants. C’est dans cette logique que la Banque africaine de développement a acté le renforcement de sa participation au sein de ATIDI, anciennement ATI, institution spécialisée dans l’assurance contre les risques politiques et commerciaux.
Avec cette opération, la BAD s’impose désormais comme l’actionnaire de référence de l’organisme multilatéral basé à Nairobi. En portant sa participation à plus de 12 %, elle entend consolider la capacité d’ATIDI à couvrir les risques liés aux investissements publics et privés, un levier essentiel pour attirer les capitaux internationaux vers les économies africaines les plus exposées.
Créée pour faciliter les échanges et sécuriser les flux financiers, ATIDI joue un rôle central dans la réduction du risque perçu par les investisseurs. Selon plusieurs données institutionnelles, chaque dollar de garantie émis par l’organisation permet de mobiliser entre 10 et 15 dollars d’investissements sur le continent. Une mécanique devenue cruciale dans un contexte où le coût du financement reste nettement plus élevé en Afrique que dans d’autres régions émergentes.
Pour la BAD, cette montée au capital s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les instruments de mitigation des risques. L’institution panafricaine estime que le continent pourrait mobiliser plusieurs centaines de milliards de dollars supplémentaires si les primes de risque étaient mieux maîtrisées et si les garanties souveraines étaient renforcées à grande échelle.
L’enjeu est particulièrement sensible pour les projets d’infrastructures, d’énergie et d’industrialisation, qui nécessitent des financements longs et stables. Or, les banques commerciales internationales appliquent encore des conditions restrictives aux marchés africains, souvent perçus comme plus volatils. En renforçant ATIDI, la BAD cherche donc à agir sur le principal frein structurel : la perception du risque.
Dans les cercles financiers, cette décision est également interprétée comme une tentative de créer un écosystème plus intégré de financement du développement, combinant banques multilatérales, assureurs spécialisés et investisseurs privés. Une architecture censée améliorer la bancabilité des projets et accélérer la transformation économique du continent.
À moyen terme, cette montée en puissance pourrait permettre à ATIDI d’élargir son portefeuille de couverture, notamment dans les secteurs du commerce intra-africain, de l’énergie et des infrastructures transfrontalières, au cœur des priorités de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Reste désormais à mesurer l’impact réel de cette prise de participation sur le terrain, dans un contexte où les besoins de financement du continent sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an.



