Aliko Dangote, président du groupe Dangote
À Nairobi, au cœur des échanges sur le financement des infrastructures africaines, le groupe Dangote a dévoilé une nouvelle étape de son expansion industrielle sur le continent. Fort du succès de sa méga-raffinerie de Lekki au Nigeria, le conglomérat dirigé par Aliko Dangote projette désormais de reproduire ce modèle en Afrique de l’Est, avec l’ambition d’implanter une raffinerie de grande capacité à Tanga, dans le nord-est de la Tanzanie. Cette initiative marque un tournant stratégique dans la recomposition du paysage énergétique régional, encore largement dépendant des importations.
Le projet repose sur une logique d’intégration régionale. La future installation sera connectée au port kényan de Mombasa par un pipeline, tout en s’inscrivant dans l’écosystème de l’oléoduc d’Afrique de l’Est long de 1 443 kilomètres. Ce corridor énergétique doit permettre d’acheminer le brut en provenance notamment de l’Ouganda, mais aussi de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud. L’objectif est de structurer une chaîne d’approvisionnement plus résiliente, capable de réduire les coûts logistiques et de sécuriser l’accès aux produits pétroliers pour plusieurs pays de la sous-région.
Dans cette partie du continent, la dépendance aux importations demeure critique. Selon le cabinet spécialisé CITAC, certains pays d’Afrique de l’Est et australe importent plus de 75 % de leurs besoins en produits pétroliers. Cette situation expose les économies locales aux fluctuations des prix internationaux et aux tensions géopolitiques. Les récentes perturbations au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, ont accentué cette vulnérabilité et ravivé l’urgence de développer des capacités locales de raffinage.
L’initiative de Dangote s’inscrit dans une dynamique continentale plus large. En Afrique, la capacité de raffinage a reculé d’environ un tiers au cours des vingt dernières années, alors même que le continent représente près de 7 % de la production mondiale de pétrole. Cette contradiction structurelle pousse plusieurs États et investisseurs privés à relancer des projets industriels afin de capter davantage de valeur ajoutée localement.
L’expérience nigériane du groupe constitue à cet égard un précédent majeur. Mise en service récemment, la raffinerie de Lekki, avec une capacité de 650 000 barils par jour, a déjà contribué à réduire la dépendance du Nigeria aux importations de carburants et à alimenter plusieurs marchés africains. En 2025, elle a représenté près de 18 % des importations de carburants du Cameroun, illustrant son impact au-delà des frontières nationales.
Dans d’autres régions du continent, les effets des tensions sur les approvisionnements sont également visibles. Au Tchad, par exemple, les importations de produits pétroliers ont reculé de 19 % pour le gazole et de 30 % pour l’essence en mars 2026, entraînant une contraction de la consommation nationale. Ces évolutions mettent en lumière la fragilité des modèles dépendants des importations et renforcent l’intérêt de solutions industrielles intégrées.
Le projet tanzanien s’inscrit enfin dans le plan d’expansion de 40 milliards de dollars du groupe Dangote, visant à renforcer ses capacités industrielles et à étendre son empreinte sur le continent. D’autres initiatives sont en cours, notamment en Ouganda avec une raffinerie de 60 000 barils par jour. Dans un contexte marqué par la fermeture de plusieurs unités de raffinage ces dernières années, cette stratégie traduit une volonté de repositionner l’Afrique dans la chaîne de valeur pétrolière.
À travers cette ambition, Dangote confirme son statut d’acteur structurant de l’industrialisation énergétique africaine. Si les paramètres techniques et financiers restent à préciser, la future raffinerie de Tanga pourrait, à terme, redessiner les flux d’approvisionnement en Afrique de l’Est et contribuer à renforcer l’autonomie énergétique d’une région encore fortement exposée aux chocs extérieurs.



