Le coût financier de la corruption repart à la hausse au Cameroun. Présenté à Yaoundé le 8 octobre, le 15e rapport annuel de la Commission nationale anti-corruption (CONAC) évalue à 6 271 017 456 FCFA le préjudice subi par l’État en 2025, contre 4 061 806 711 FCFA en 2024. L’écart atteint 2,21 milliards FCFA, soit une progression de 54,4 %. Le document s’appuie sur 112 contributions d’acteurs publics, privés et de la société civile.
Les enquêtes approfondies de la CONAC ont établi 1,72 milliard FCFA de pertes. Le solde, près de 4,55 milliards, découle de décisions du Conseil de discipline budgétaire et financière (CDBF) et du Tribunal criminel spécial (TCS). En parallèle, le rapport fait état de plus de 5,8 milliards FCFA recouvrés au profit de l’État, notamment grâce aux actions du TCS et de la Société de recouvrement des créances du Cameroun. Ce montant témoigne d’opérations de récupération, sans effacer le préjudice établi pour l’année.
Lire aussi : CAMEROUN – AGRO-INDUSTRIE : Kaélé attend toujours son complexe de 23,2 milliards FCFA
Autre signal, les dénonciations adressées à la Commission ont diminué de 23,6 %, passant de 10 520 en 2024 à 8 036 en 2025. Le rapport avance que la multiplication des lignes vertes dans les administrations pourrait conduire à traiter certains signalements directement, sans transmission à la CONAC. Cette explication reste une hypothèse et ne permet pas, à elle seule, de conclure à un recul des pratiques de corruption.
Les interventions sur le terrain ont néanmoins débouché sur 23 interpellations en flagrant délit lors de cliniques anti-corruption organisées dans l’Adamaoua et le Littoral. Dans l’éducation, 116 étudiants ont été sanctionnés pour fraude aux examens. Sur le front financier, l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) a reçu 1 764 déclarations d’opérations suspectes en 2025, indicateur de l’activité de détection des flux potentiellement illicites.
Lire aussi : CAMEROUN – ÉNERGIE : Nachtigal, le nouveau point d’appui des investissements européens
Le rapport couvre trois volets : prévention, sanctions et lutte contre le blanchiment, recouvrement des avoirs et coopération institutionnelle. Les dénonciations concernent notamment le foncier, la fonction publique, les finances, l’éducation et les marchés publics. Pour l’État, l’enjeu dépasse le montant des pertes recensées : il s’agit aussi de renforcer les contrôles, rendre les mécanismes de signalement accessibles et assurer le suivi des sanctions et des sommes récupérées.
Esther Grace



