L’intégration monétaire africaine vient de franchir un nouveau cap. Réunis à Nairobi pour les 48es réunions annuelles de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), les gouverneurs ont tenu la première réunion du conseil d’administration de l’Institut monétaire africain (IMA). À cette occasion, Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC, a été désigné pour présider provisoirement cette instance.
Cette nomination prolonge son mandat 2025-2026 à la tête de l’ABCA, au cours duquel l’opérationnalisation de l’IMA figurait parmi les priorités. L’institut est chargé de préparer les conditions techniques, économiques et institutionnelles nécessaires à une future Banque centrale africaine. Il ne constitue donc pas encore cette banque, ni ne signifie l’instauration prochaine d’une monnaie unique.
Le projet a toutefois franchi plusieurs étapes en 2026. En février, l’Union africaine avait adopté les statuts de l’IMA et fixé son opérationnalisation comme objectif. Les travaux de Nairobi marquent désormais le passage vers la mise en place de ses organes de gouvernance et l’organisation de ses activités. Une prochaine étape doit se tenir à Abuja, au Nigeria, pour poursuivre la structuration de l’institution.
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Le chantier reste soumis à d’importantes conditions de convergence. Selon le bilan de l’ABCA, 17 pays sur 53, soit 32,1 %, respectaient en 2025 les cinq critères de convergence de premier rang, contre 12 pays en 2024. L’organisation a parallèlement adopté une feuille de route 2026-2030 consacrée à l’harmonisation des cadres de politique monétaire et créé une Task Force dédiée à la politique monétaire et à l’intégration.
Le passage de relais à la tête de l’ABCA intervient parallèlement. Pour 2026-2027, la présidence revient à Kamau Thugge, gouverneur de la Banque centrale du Kenya. Yvon Sana Bangui conserve cependant un rôle dans le dispositif continental à travers sa présidence transitoire du conseil d’administration de l’IMA. La BEAC, qui regroupe les six économies de la CEMAC, se retrouve ainsi directement associée à cette nouvelle phase de l’intégration monétaire africaine.
La convergence financière s’accompagne par ailleurs d’un développement des infrastructures de paiement. La BEAC a rejoint en juillet 2026 le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), permettant aux six pays de la CEMAC de s’inscrire dans cette infrastructure de paiements transfrontaliers. Lors de l’adhésion de la BEAC, le PAPSS indiquait couvrir 28 pays, avec plus de 190 banques commerciales et fintechs connectées.
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L’IMA constitue ainsi une pièce du dispositif destiné à rapprocher progressivement les politiques monétaires africaines. Sa mission porte notamment sur la convergence macroéconomique, la coopération entre banques centrales et la préparation des conditions nécessaires à une future Banque centrale africaine. La création de cette dernière demeure toutefois une perspective de long terme, dépendante notamment de la convergence économique et de décisions politiques des États.
À Nairobi, le continent a donc franchi une étape institutionnelle plutôt qu’un aboutissement. Avec l’installation du conseil d’administration de l’IMA et la désignation provisoire de Yvon Sana Bangui, le projet dispose désormais d’une structure appelée à préparer les prochaines séquences de l’intégration monétaire. La prochaine échéance sera de transformer cette architecture en mécanismes opérationnels capables de rapprocher durablement les politiques monétaires du continent.
Tressy Chouente



