(LVDE) – En septembre 2025, la société spécialisée dans l’exploitation de salles de cinéma a repris les cinémas du Douala Grand Mall, marquant un tournant dans le paysage cinématographique camerounais après le retrait de Genesis et de Bolloré. Cette initiative vise à revitaliser le secteur et à répondre à une demande croissante de contenu local.
Mi-septembre 2025, Sylver Screen Cinema, une société camerounaise spécialisée dans l’exploitation de salles de cinéma, a annoncé la reprise des cinémas du Douala Grand Mall, fermés depuis un an suite au départ du groupe nigérian Genesis. Initialement ouverts en 2020, ces établissements avaient été inaugurés dans le cadre d’un partenariat entre Genesis et le fonds britannique Actis. Malheureusement, après trois années d’activité marquées par des pertes financières, Genesis a résilié son bail en 2024. Ce retrait a été justifié par l’absence de subventions publiques, des difficultés d’approvisionnement en films internationaux, et une dette croissante vis-à-vis des fournisseurs.
Le départ de Genesis s’inscrit dans un contexte plus large de désengagement des multinationales du secteur cinématographique au Cameroun. Le groupe français Bolloré, par exemple, a récemment annoncé la fermeture progressive de son réseau CanalOlympia, qui comprenait 18 salles en Afrique centrale et de l’Ouest, dont deux au Cameroun. Ce réseau, lancé en 2016, avait pour ambition de démocratiser l’accès au cinéma en Afrique. Cependant, le communiqué de Bolloré, daté de juin dernier, a confirmé que les salles cesseraient leurs activités conformément à leur feuille de route 2025, avec un transfert vers de nouveaux exploitants locaux.
Face à ce retrait des géants du cinéma, Sylver Screen se positionne comme un acteur clé pour remplir le vide laissé. L’entreprise a prévu une réouverture progressive des salles, avec deux d’entre elles rouvrant dès le 19 septembre 2025, suivies d’un retour à pleine capacité avec cinq salles. Son ambition ne se limite pas à Douala ; Sylver Screen envisage également une expansion vers d’autres villes camerounaises.
Pour Marie Jeanne Nock A Kibeng, directrice générale de Sylver Screen, la question de l’identité est centrale. Elle souligne qu’il est inacceptable que des salles ferment au Cameroun alors que le pays possède les compétences pour valoriser le secteur cinématographique dans un contexte mondial. Pour attirer le public, la société mise sur une collaboration avec Pathé, un groupe français de renom dans la production et la distribution de films. Sylvain Foppa, responsable Afrique subsaharienne de Pathé Touch Afrique, a affirmé que l’objectif est de proposer les meilleurs films et blockbusters pour séduire un maximum de cinéphiles.
Cependant, la rentabilité du projet reste cruciale. Les exploitants de salles doivent naviguer dans un environnement où la fréquentation est encore instable, exacerbée par la montée en puissance des plateformes de streaming et les problèmes de piraterie. Pour parer à cela, Sylver Screen prévoit de diversifier ses sources de revenus. En plus des ventes de billets, l’entreprise envisage d’introduire des activités de merchandising liées aux films projetés, de vendre des produits dérivés, de faire du sponsoring pour des avant-premières, et de proposer la location de ses salles pour des événements privés ou d’entreprise.
Cette stratégie de diversification est essentielle pour assurer la viabilité à long terme de Sylver Screen. En se concentrant non seulement sur l’exploitation des salles, mais aussi sur l’extension de ses activités, la société espère non seulement attirer un public fidèle, mais également créer un écosystème cinématographique dynamique au Cameroun.
Alors que le pays traverse une période de transition dans le secteur du cinéma, l’engagement de Sylver Screen à revitaliser l’industrie peut constituer un tournant. En alliant compétences locales et partenariats stratégiques, l’entreprise pourrait bien redonner au cinéma camerounais ses lettres de noblesse, tout en répondant aux défis contemporains posés par les nouvelles technologies et les changements dans les habitudes de consommation. Le succès de cette initiative sera déterminant pour l’avenir du cinéma au Cameroun, qui aspire à se positionner sur la scène cinématographique africaine.
Amélie Yanda


