(lavoixdesentreprises.info) – Le 5 juin 2025, la capitale camerounaise, Yaoundé, a vibré au rythme de l’inauguration de la Bourse nationale des déchets (BND), une initiative novatrice réunissant État, collectivités locales et entreprises privées comme actionnaires. Ce projet ambitieux vise à structurer le marché de la gestion des déchets dans un contexte où la production urbaine atteint des niveaux alarmants.
Le lancement de la Bourse nationale des déchets (BND) à Yaoundé marque une étape cruciale dans la gestion des déchets au Cameroun. Lors de l’assemblée générale constitutive, 15 actionnaires, comprenant l’État, des collectivités locales et des entreprises privées, ont pris position dans cette société d’économie mixte. Présidée par Pierre Hélé, ministre de l’Environnement, la BND se veut un outil économique stratégique, répondant à une problématique grandissante : la gestion des déchets dans les grandes villes camerounaises.
Initialement formulée comme une recommandation en 2016, l’idée de la BND s’est concrétisée avec la création d’une structure capable de répondre aux défis liés à la croissance exponentielle de la production de déchets, qui a atteint plus de 6 millions de tonnes par an, presque le double des 3,4 millions de tonnes enregistrés en 2007. Dans un pays où les taux d’enlèvement des déchets oscillent entre 45 % à Yaoundé et 69 % à Douala, la nécessité d’une plateforme organisée est devenue pressante.
La BND, avec un capital initial de 160 millions FCFA (environ 243 000 euros), se présente comme une plateforme d’échanges entre producteurs de déchets et acteurs du recyclage. Les 12 investisseurs privés qui ont rejoint le projet ont engagé environ 130 millions FCFA, avec des souscriptions encore possibles lors de l’assemblée. Chaque action est valorisée à quatre millions FCFA, et les investisseurs peuvent agir comme actionnaires tout en étant potentiellement clients ou fournisseurs sur la plateforme.
L’architecture institutionnelle de la BND est en cours de finalisation, avec la nomination prochaine d’un directeur général et d’un conseil d’administration. Les équipements nécessaires à son fonctionnement sont déjà en place, ce qui permet une opérationnalité prévue pour juillet 2025. Ce calendrier ambitieux répond à l’urgence de structurer un marché encore embryonnaire, tout en offrant des perspectives de rentabilité dès la troisième année d’exploitation, selon une étude de marché préalable.
Cependant, la BND ne se limite pas à l’aspect économique. Elle s’inscrit également dans un cadre plus large de gouvernance renouvelée du secteur, à la suite des états généraux tenus en mai 2025. Ces assises avaient souligné l’importance de mécanismes économiques pour améliorer les performances du système de gestion des déchets. Au-delà de la rentabilité, la BND aspire à devenir un catalyseur d’innovation dans le domaine du recyclage et du traitement des déchets.
Le ministre Pierre Hélé a exprimé son souhait d’élargir la participation à d’autres collectivités territoriales, alors que seulement deux des onze communes intéressées ont finalisé leur adhésion. Cette dynamique est cruciale dans un pays où la décentralisation reste un défi majeur. L’inclusion de plus de collectivités pourrait non seulement renforcer le capital de la BND, mais également garantir une meilleure gestion des déchets à l’échelle nationale.
La BND représente ainsi une réponse intégrée aux enjeux environnementaux et économiques du Cameroun. Les capitaux investis dans cette bourse visent à générer des retours pour les actionnaires tout en assurant un service environnemental efficace. En structurant le marché de la gestion des déchets, la BND pourrait transformer le paysage de la gestion des déchets au Cameroun, offrant des opportunités tant pour les entreprises que pour les collectivités locales. Dans un contexte où la croissance démographique et urbaine entraîne une pression croissante sur les systèmes de gestion des déchets, l’initiative de la BND apparaît comme une lueur d’espoir pour un avenir plus durable.
Raphael Mforlem



