La recomposition du marché financier de la CEMAC franchit une nouvelle étape avec l’entrée de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) au capital du Dépositaire central unique (DCU-CEMAC). D’après le rapport annuel 2025 de l’institution, la banque sous-régionale détient désormais 10 % de cette société, correspondant à une participation de 520 millions de FCFA. Cette opération repose sur un capital social global de 5,2 milliards de FCFA et fait de la BDEAC un actionnaire institutionnel de cette infrastructure appelée à occuper une place stratégique dans le fonctionnement de la place financière communautaire.
Au-delà de cette prise de participation, l’enjeu est institutionnel. Le DCU-CEMAC doit assurer la conservation centralisée des titres financiers, la gestion des comptes-titres et, surtout, le dénouement des opérations boursières, c’est-à-dire la livraison des titres et le règlement des sommes correspondantes après une transaction. Cette fonction est jusqu’ici exercée à titre transitoire par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), à travers sa Cellule de règlement et de conservation des titres. La nouvelle structure doit ainsi contribuer à sécuriser les échanges et à clarifier la répartition des responsabilités entre les institutions du marché.
Cette évolution s’inscrit dans le chantier d’unification des marchés financiers de la sous-région, engagé à la suite de la décision des chefs d’État de la CEMAC du 31 octobre 2017 et formalisé par l’acte additionnel du 19 février 2018. L’architecture repose sur une répartition complémentaire des missions : la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) assure la régulation et la supervision, la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) organise les négociations, tandis que le Dépositaire central intervient dans la conservation et le règlement-livraison des titres. La mise en place d’un opérateur autonome constitue donc l’une des étapes de cette réforme.
La structuration du capital du DCU a connu plusieurs avancées en 2025. Le 6 octobre de cette année-là, le Conseil d’administration de la BEAC avait autorisé la libération de 1,04 milliard de FCFA, représentant 20 % du capital social, ainsi que le portage temporaire de 814,58 millions de FCFA correspondant à des actions souscrites mais non encore libérées par certains actionnaires. Cette intervention devait faciliter la constitution effective de la société et permettre la poursuite du processus de mise en place de sa gouvernance. En novembre, la banque centrale sollicitait encore des candidatures pour la sélection de deux administrateurs indépendants appelés à siéger au conseil d’administration du nouvel organisme.
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La constitution du DCU a ensuite franchi une étape avec la préparation de son assemblée générale constitutive à Yaoundé, chargée notamment de valider les statuts, de constater les souscriptions et les libérations du capital et de mettre en place les premiers organes de gouvernance. Depuis, l’infrastructure a commencé à apparaître dans les opérations du marché : en juillet 2026, la BVMAC a notamment annoncé l’admission de nouvelles valeurs aux mécanismes du DCU. Cette évolution matérialise progressivement le passage du dispositif transitoire à une structure dédiée.
Pour la BDEAC, cette participation dépasse le seul placement financier. En prenant part au capital de l’infrastructure, la banque de développement s’inscrit dans le renforcement des mécanismes susceptibles de faciliter la mobilisation de l’épargne et des ressources longues au bénéfice des économies de la sous-région. La sécurisation de la chaîne de conservation et de règlement des titres constitue en effet une condition essentielle à la confiance des investisseurs et au bon fonctionnement du marché. Reste désormais à consolider les capacités opérationnelles du DCU, dans un environnement où la liquidité du marché financier régional demeure limitée, comme le relève la BEAC dans sa revue de stabilité financière.
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Tressy Chouente



