Les banques de développement consacrent rarement des carrières au hasard. Elles recherchent des profils capables de comprendre à la fois le client, le risque et la mécanique parfois complexe qui transforme un besoin économique en financement. Eric Intong Monchu appartient à cette école. Le 31 août 2026, Afreximbank l’a confirmé au poste de Group Managing Director, Client Relations and Regional Operations, faisant du banquier camerounais l’un des hommes clés de son dispositif commercial. La nomination intervient après une période durant laquelle il exerçait déjà ces responsabilités à titre intérimaire. Elle consacre surtout une trajectoire construite depuis plus de vingt ans entre banque commerciale, gestion des risques, financement du commerce et opérations régionales.
Un poste au cœur de la machine Afreximbank
Basé au Caire, Eric Intong Monchu se retrouve désormais à l’interface entre le siège et les marchés. Sa mission couvre la relation avec les États, les institutions financières et les entreprises, mais aussi la coordination des opérations régionales en Afrique et dans les Caraïbes. Autrement dit, il ne s’agit pas simplement de développer le portefeuille de clients. Il faut identifier les besoins, faire émerger les projets, mobiliser les instruments financiers appropriés et assurer leur passage jusqu’à l’exécution. Une fonction particulièrement stratégique pour une institution dont les actifs et engagements conditionnels dépassaient 48,5 milliards de dollars à fin 2025, avec un mandat qui s’étend désormais bien au-delà du seul financement des échanges commerciaux.
Le profil du nouveau dirigeant tranche par son parcours. Eric Intong Monchu n’est pas issu d’une banque centrale ou d’un ministère des Finances. Il a grandi dans les métiers opérationnels de la banque commerciale avant de rejoindre une institution multilatérale. Cette culture du terrain constitue l’un des fils rouges de sa carrière. Chez Union Bank of Cameroon, où il travaille de 2003 à 2011, il passe notamment par la banque d’entreprise, la trésorerie et la gestion des risques, la direction d’agence et la lutte contre le blanchiment. Chez Citibank Cameroun, il devient ensuite vice-président, directeur adjoint de la banque d’entreprise et responsable du crédit commercial, avec la charge de clients internationaux et locaux en Afrique centrale et de l’Ouest.
De la banque commerciale au financement du commerce
Lorsqu’il rejoint Afreximbank en 2014, le changement d’échelle est considérable. Il est alors chargé du financement du commerce et de l’Afrique de l’Ouest anglophone, avec un périmètre comprenant notamment le Nigeria, le Ghana, le Cap-Vert, le Liberia, la Sierra Leone et la Gambie. Il connaît ainsi les économies à travers leurs besoins concrets : accès au financement, sécurisation des transactions, développement des exportations, accompagnement des banques locales et financement des entreprises. Il occupera ensuite plusieurs fonctions, notamment celles de responsable du financement structuré du commerce pour l’Afrique de l’Ouest, de responsable de la mise en œuvre du système bancaire central Finacle et de directeur régional des opérations pour l’Afrique de l’Ouest anglophone.
Cette expérience ne reste pas confinée aux organigrammes. En avril 2024, il conduit par exemple une délégation d’Afreximbank au Liberia dans le cadre d’un roadshow destiné à identifier les besoins du pays et à favoriser le commerce et l’investissement. La banque y travaille avec les autorités, les investisseurs et le secteur privé autour de secteurs susceptibles de soutenir la transformation économique du pays. Quelques mois plus tôt, il était également associé à la stratégie de financement d’Afreximbank en faveur des entreprises africaines de l’ingénierie et de la construction. Sur une facilité de 10 millions de dollars accordée à Dorman Long Engineering, il défendait notamment l’objectif de renforcer la capacité des entreprises africaines à décrocher de grands contrats d’infrastructures et d’EPC sur le continent.
Son périmètre s’est progressivement élargi jusqu’aux Caraïbes, nouvelle frontière de la stratégie « Global Africa » d’Afreximbank. En juin 2026, à Kingston, Eric Intong Monchu porte ainsi le message de la banque auprès des autorités jamaïcaines et du secteur privé dans le cadre de son premier roadshow dans le pays. Afreximbank y défend une enveloppe de financement pouvant atteindre 5 milliards de dollars, destinée à soutenir l’industrialisation, le commerce et les investissements. Quelques semaines plus tard, il intervient encore sur les perspectives de coopération entre l’Afrique et la Jamaïque, en mettant l’accent sur les chaînes de valeur, le tourisme, l’industrie et la transformation locale.
« Pour commercer, il faut d’abord produire »
C’est peut-être là que se trouve la clé de lecture de son nouveau poste. Pour Eric Intong Monchu, le financement du commerce ne peut être dissocié de la capacité à produire. Lors d’une intervention consacrée aux relations entre l’Afrique et les Caraïbes, il résumait cette logique en affirmant que « pour commercer avec succès avec l’Afrique globale, nous devons d’abord produire ». Une vision qui rapproche son portefeuille des priorités actuelles d’Afreximbank : industrialisation, développement des chaînes de valeur, infrastructures, commerce intra-africain et intégration des marchés.
Cette approche s’inscrit dans la transformation d’Afreximbank elle-même. Créée pour financer et promouvoir le commerce africain, l’institution s’est progressivement muée en plateforme financière au service de l’intégration économique du continent. Son soutien à la Zone de libre-échange continentale africaine, son rôle dans le déploiement du PAPSS, ses financements industriels et ses interventions auprès des États et des grandes entreprises ont considérablement élargi son influence. La banque travaille également à renforcer les échanges entre l’Afrique et les Caraïbes, dans une logique qu’elle désigne désormais sous le concept de « Global Africa ».
À cette architecture institutionnelle, Eric Intong Monchu apporte une formation construite autour de la finance et de la gestion. Diplômé en comptabilité et finance de l’Université de Buea, il obtient un MBA en finance et comptabilité ainsi qu’un diplôme d’études supérieures en gestion des risques et de la logistique à la Rotterdam Business School, aux Pays-Bas. Il est également alumnus de l’Amsterdam Institute of Finance et du programme de leadership de l’INSEAD. Certifié PRINCE2 et Agile Project Management, il a par ailleurs présidé le comité régional africain de l’International Trade and Forfaiting Association (ITFA) et en est aujourd’hui le président selon les informations professionnelles disponibles. Il intervient régulièrement dans les grandes conférences consacrées au financement du commerce.
Une nouvelle échelle de responsabilité
Son parcours dessine ainsi une progression presque linéaire : apprendre le risque avant de financer, comprendre l’entreprise avant de conseiller, maîtriser la transaction avant d’en piloter l’exécution. C’est précisément cette combinaison qui prend aujourd’hui une dimension continentale. À son nouveau poste, le défi ne sera plus seulement de conclure des opérations, mais de faire fonctionner ensemble les différentes composantes de la machine commerciale d’Afreximbank, depuis l’identification des opportunités jusqu’à leur réalisation sur le terrain.
Pour le Cameroun, l’accession d’Eric Intong Monchu à ce niveau de responsabilité constitue un signal fort. Elle place l’un de ses banquiers au cœur d’une institution qui cherche désormais à financer non seulement le commerce africain, mais les capacités productives qui permettront de le développer. Dans une Afrique confrontée à l’impératif de transformer davantage ses matières premières, de renforcer ses entreprises et de commercer davantage avec elle-même, le nouveau dirigeant aura une équation simple à résoudre : transformer les ambitions continentales en opérations concrètes. C’est désormais à cette échelle que se mesure la nouvelle étape de sa carrière.
Tressy Chouente



