À Lagos, le groupe Dangote change d’échelle. Après avoir bâti l’un des plus puissants conglomérats industriels du continent, Aliko Dangote veut désormais porter son chiffre d’affaires d’environ 20 milliards de dollars actuellement à 80 milliards dans les trois prochaines années, puis à 100 milliards en 2030. Présentée sous le nom de « Vision 2030 », cette stratégie repose sur une expansion massive des capacités industrielles et une implantation renforcée sur plusieurs marchés africains.
Le premier moteur sera l’énergie. La raffinerie de Lagos, inaugurée avec une capacité de 650 000 barils par jour, doit être portée à 1,4 million de barils. Le projet intervient alors que l’installation, construite pour environ 20 milliards de dollars, est devenue un actif stratégique pour l’approvisionnement du Nigeria et ambitionne de s’imposer comme une plateforme régionale de produits pétroliers et pétrochimiques. Dangote envisage parallèlement une raffinerie de 700 000 barils par jour au Kenya, renforçant son empreinte dans l’Est africain.
Deuxième pilier : les engrais. Le groupe veut tripler la capacité de production d’urée de son complexe nigérian, de 3 à 9 millions de tonnes par an, tout en développant une nouvelle usine de 3 millions de tonnes en Éthiopie. Soutenu notamment par un financement de 600 millions de dollars de l’Africa Finance Corporation, ce programme de 7 milliards de dollars doit porter la capacité africaine du groupe à 12 millions de tonnes.
Le ciment constitue le troisième socle. Avec une capacité pouvant atteindre 55 millions de tonnes par an et des opérations dans onze pays africains, Dangote Cement dispose déjà d’un maillage industriel continental. En 2025, l’activité ciment a généré 4 306,7 milliards de nairas de revenus et 27 millions de tonnes de volumes vendus, illustrant le poids de cette branche dans le financement de l’expansion du groupe.
Derrière ces trois activités se trouve une logique d’intégration industrielle : contrôler des produits qui structurent les économies africaines, du carburant nécessaire au transport et à l’industrie aux engrais indispensables à l’agriculture, en passant par le ciment qui accompagne les infrastructures et l’urbanisation. Mais cette ambition exige des capitaux considérables. Dangote estime à au moins 40 milliards de dollars les nouveaux investissements nécessaires d’ici 2030. Le groupe compte notamment mobiliser les marchés financiers, des investisseurs et des partenaires stratégiques.
Le pari reste néanmoins conditionné à la capacité d’absorber ces nouvelles productions. Construire des usines ne suffit pas : il faudra sécuriser les matières premières, les infrastructures logistiques, l’énergie, les financements et surtout les débouchés. C’est pourquoi l’expansion de Dangote comporte aussi une dimension continentale et politique, avec l’ambition de profiter de marchés africains davantage intégrés et de réduire la dépendance du continent aux importations. À 100 milliards de dollars de revenus, le groupe ne serait plus seulement un géant industriel nigérian, mais l’un des principaux centres de pouvoir économique privé en Afrique.
Tressy Chouente



