L’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI) prépare un changement d’échelle. L’institution panafricaine d’assurance contre les risques politiques et commerciaux ambitionne de doubler son capital à 2 milliards de dollars dans les deux prochaines années. Pour son directeur général, Manuel Moses, cette recapitalisation est indispensable pour répondre à la demande croissante de garanties et mobiliser davantage de capitaux privés vers les économies africaines. Des discussions sont engagées avec la France, plusieurs pays du G7 et une trentaine d’États africains encore non membres.
Cette stratégie bénéficie déjà de soutiens renforcés. En juin 2026, la Banque africaine de développement (BAD) a investi 125 millions de dollars dans ATIDI, faisant passer sa participation de 3 % à 14 %. L’Allemagne a pour sa part souscrit 32 millions de dollars, tandis que la France a annoncé son intention d’entrer au capital. Paris soutient également la création d’une garantie continentale de « première perte », destinée à absorber les premiers défauts et à réduire le risque supporté par les investisseurs privés.
L’enjeu est de transformer cette montée en capital en capacité supplémentaire de garantie. Selon Manuel Moses, un capital porté à 2 milliards de dollars permettrait à ATIDI de garantir jusqu’à 20 milliards de dollars de transactions et de projets par an, contre environ 3 milliards ces dernières années. La BAD vise parallèlement 10 milliards de dollars de garanties annuelles. Depuis sa création en 2001, ATIDI indique avoir facilité près de 93 milliards de dollars d’investissements et d’échanges commerciaux transfrontaliers en Afrique.
La solidité financière de l’institution constitue un autre argument. En 2025, ATIDI a dégagé 71,4 millions de dollars de bénéfice, en hausse de 20 %. Ses actifs atteignaient 1,06 milliard de dollars, ses fonds propres 883 millions et son exposition totale 9,2 milliards. L’institution bénéficie par ailleurs de notations « A » chez Standard & Poor’s et « A2 » chez Moody’s, confortant sa capacité à attirer des partenaires internationaux.
Son portefeuille illustre déjà son rôle dans le financement des économies africaines. ATIDI a notamment garanti des projets liés au chemin de fer moderne en Tanzanie et à l’expansion de Safaricom en Éthiopie. Elle intervient également sur des opérations de restructuration de dette et des mécanismes de financement liés à la durabilité. Son modèle consiste à réduire le risque afin de rendre bancables des projets auxquels les investisseurs privés seraient autrement réticents.
Cette offensive s’inscrit dans une problématique plus large de financement du développement. La Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), portée par la BAD, entend mobiliser quelque 4 000 milliards de dollars d’épargne institutionnelle africaine face à un déficit annuel de financement estimé à 400 milliards. Or, le taux d’épargne de l’Afrique subsaharienne avoisine seulement 18 %, selon la Banque mondiale.
En portant son capital à 2 milliards de dollars, ATIDI veut ainsi passer du statut d’assureur spécialisé à celui de véritable plateforme continentale de dérisquage. Pour Manuel Moses, le défi sera désormais d’accélérer l’adhésion de nouveaux États et de transformer cette puissance financière accrue en garanties capables de débloquer davantage de financements pour les infrastructures, les entreprises et le commerce africains.
Tressy Chouente



