Après la collision survenue dans le chenal d’accès du Port de Douala-Bonabéri, dans la nuit du 11 au 12 juillet 2026, l’heure n’est plus au constat mais aux décisions. Si le trafic maritime a repris moins de onze heures après l’accident, les autorités camerounaises sont désormais engagées dans une nouvelle phase : sécuriser durablement les opérations, renflouer le MV Black Rhino et tirer les enseignements d’un incident qui a mis à l’épreuve le principal port du pays.
C’est dans cette perspective que le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a effectué, le 20 juillet, une visite de travail au Port Autonome de Douala. Accompagné du gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, du préfet du Wouri et du directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, il a pris connaissance du rapport présenté par Bertrand Mekinda Elingui, directeur de la Capitainerie et commandant du Port, avant de se rendre sur le site de l’accident à bord des remorqueurs EM Endeley et JN Fontcha.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le MV Black Rhino, porte-conteneurs battant pavillon chypriote, long de 101 mètres et transportant 150 conteneurs, a perdu sa capacité de manœuvre alors qu’il remontait le chenal vers le terminal à conteneurs. Déporté de sa trajectoire, il a été abordé par le MV Sea Honor, navire sous pavillon de Tuvalu qui quittait le port. L’accident est survenu vers 2 h 50 dans des conditions de navigation marquées par une marée descendante, un courant de reflux, une pluie légère et une visibilité réduite.
Malgré l’importance des dégâts matériels, aucun blessé, aucune perte en vie humaine ni pollution marine n’ont été enregistrés. Une cellule de crise a immédiatement été activée afin de coordonner les secours, sécuriser la zone et assister les treize membres d’équipage en difficulté. Les deux navires ont ensuite été déplacés vers leurs zones de mouillage, permettant la reprise de la navigation dès 14 heures, soit après environ onze heures d’interruption.
Sur le terrain, la délégation ministérielle a constaté que le MV Sea Honor poursuit ses réparations après avoir été remorqué à la bouée n°9. Le MV Black Rhino, en revanche, demeure partiellement immergé avec une forte gîte. Les expertises techniques se poursuivent afin de définir la stratégie de renflouement la plus appropriée. L’assureur du navire prévoit notamment la mobilisation du bâtiment spécialisé MSM Dolores, tandis que les sociétés de classification, les assureurs et les experts de Wave Group et de NKK poursuivent leurs évaluations.
Au terme de la visite, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè a fixé les priorités : accélérer la finalisation du plan de renflouement, maintenir un dispositif permanent de sécurité autour du site, renforcer la surveillance environnementale et poursuivre l’enquête de sécurité maritime conformément au Code de la marine marchande et aux standards internationaux. Le ministre a également prescrit un délai de quinze jours pour le lancement effectif des opérations de renflouement, accompagné d’un mécanisme de suivi avec un rapport d’étape transmis tous les trois jours. Pour le gouvernement, les conclusions de l’enquête devront permettre de consolider durablement la sécurité de la navigation et la compétitivité du Port Autonome de Douala-Bonabéri, plateforme stratégique pour les échanges du Cameroun et des pays de son hinterland.
Fabrice Tatisson



