Louis Paul Motaze, Ministre camerounais des finances.
Dans le paysage de la commande publique camerounaise, les compagnies d’assurance occupent une place stratégique. Le 10 juillet 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a rendu publique la liste des assureurs autorisés à délivrer les cautions et garanties exigées dans le cadre des marchés publics pour l’exercice 2026. Une décision qui intervient alors que le Cameroun accélère ses investissements dans les infrastructures, l’énergie, les transports et les équipements publics.
Au-delà d’une simple formalité administrative, cette habilitation traduit la volonté des autorités de renforcer la fiabilité des mécanismes de garantie financière. Les cautions jouent en effet un rôle essentiel dans la commande publique : elles sécurisent les engagements des entreprises soumissionnaires, rassurent les maîtres d’ouvrage et limitent les risques liés à la défaillance d’un opérateur dans l’exécution d’un contrat.
Quatorze compagnies ont été retenues par le ministère des Finances. Il s’agit d’Activa Assurances S.A., Area Assurances S.A., AFG Assurances S.A., Chanas Assurances S.A., CPA S.A., LD Assurances S.A., AFRI Insurance S.A., NSIA Assurances S.A., Pro Assur S.A., Belife Insurance General S.A., Royal Onyx Insurance Company S.A., SAAR S.A., Sanlam Allianz Assurances Cameroun S.A. et Zenithe Insurance S.A. Ces assureurs sont désormais habilités à accompagner les entreprises dans la constitution des garanties exigées par l’administration publique.
Cette décision s’inscrit dans un cadre réglementaire plus strict. Conformément à l’article 140 du Code des marchés publics, les garanties doivent être délivrées par des organismes financiers agréés par le ministre des Finances ou disposant d’un correspondant local agréé. Pour les compagnies d’assurance, seules celles autorisées à pratiquer la branche 15 « Caution » du Code des assurances CIMA peuvent intervenir sur ce segment.
L’une des principales évolutions concerne le renforcement de la couverture financière des garanties. Les montants engagés doivent désormais être sécurisés à travers des dépôts en numéraire auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDEC). Cette exigence vise à garantir la disponibilité des fonds en cas d’appel d’une caution et à réduire les risques liés aux garanties insuffisamment provisionnées.
Pour les entreprises candidates aux marchés publics, cette réforme apporte davantage de visibilité. Elles devront désormais solliciter des compagnies officiellement agréées pour obtenir des garanties reconnues par l’administration. Cette nouvelle exigence devrait également encourager les assureurs à renforcer leurs capacités financières, leur conformité réglementaire et leur expertise technique.
Les banques conservent toutefois leur rôle dans ce dispositif. Les établissements de crédit régulièrement agréés au Cameroun restent habilités à émettre les cautions exigées dans les procédures de marchés publics. L’objectif des autorités n’est donc pas de remplacer les banques par les assureurs, mais d’améliorer la qualité et la sécurité des garanties proposées aux opérateurs économiques.
Cette réforme intervient dans un contexte de structuration progressive du marché camerounais des assurances. Selon les données de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), le Cameroun demeure l’un des principaux marchés d’assurance d’Afrique centrale, avec une activité largement portée par l’assurance non-vie, qui couvre notamment les risques liés aux entreprises, aux investissements et aux grands projets.
Pour l’État camerounais, l’enjeu est double : sécuriser davantage l’exécution des marchés publics et renforcer la confiance des investisseurs. Dans un pays où les programmes publics mobilisent plusieurs centaines de milliards de FCFA, la solidité des garanties financières constitue un facteur déterminant de performance et de transparence.
En resserrant les conditions d’accès au marché des cautions publiques, Yaoundé entend professionnaliser davantage ce segment stratégique. Pour les 14 assureurs sélectionnés, cette habilitation représente à la fois une opportunité commerciale et une responsabilité accrue en matière de solvabilité, de crédibilité et de gouvernance.
Cette décision marque ainsi une nouvelle étape dans la relation entre assurance, entreprises et commande publique. Au-delà d’une autorisation réglementaire, elle confirme le rôle croissant des assureurs dans la sécurisation de l’économie réelle et l’accompagnement des grands projets de développement du Cameroun.
Tressy Chouente



