Harouna Bako, Directeur général de la Société nationale de raffinage (SONARA).
Sept ans après l’incendie qui a paralysé ses installations industrielles, la Société nationale de raffinage (SONARA) revendique des avancées significatives dans son processus de redressement. Soutenue par l’État et portée par une nouvelle équipe dirigeante, l’entreprise publique combine restructuration financière, relance commerciale et préparation de la reconstruction de sa raffinerie. Cette dynamique intervient alors que le projet de réhabilitation suscite un intérêt croissant des partenaires internationaux.
À son arrivée, le directeur général Harouna Bako a trouvé une entreprise confrontée à une situation critique. Depuis le sinistre de 2019, la SONARA avait suspendu ses activités de raffinage et recentré son activité sur l’importation de produits pétroliers afin d’assurer l’approvisionnement du marché national. Son taux de couverture était tombé à seulement 0,82 % en 2023, tandis que son endettement dépassait 700 milliards de FCFA à fin 2021, avec un risque de continuité d’exploitation officiellement signalé par les commissaires aux comptes.
Depuis 2024, les indicateurs évoluent favorablement. Grâce à la reprise des importations, la SONARA a réceptionné 154 042 tonnes de gasoil, 75 837 tonnes de super et 31 235 tonnes de carburéacteur. Ces volumes ont permis de porter sa couverture du marché national à 11 % en 2024, puis à 35 % en 2025. Pour 2026, l’entreprise ambitionne désormais de couvrir 50 % des besoins nationaux, confirmant sa montée en puissance dans la distribution des produits pétroliers.
Cette relance s’appuie également sur un renforcement des capacités de financement. En 2024, la SONARA a obtenu une ligne de crédit de 54 milliards de FCFA auprès de l’International Islamic Trade Finance Corporation (ITFC), complétée par des concours de banques locales. Sur le plan industriel, les études d’avant-projet sommaire confiées au cabinet français Axens sont achevées, tandis que les audits réalisés par Ekium concluent que 75 % des installations sinistrées demeurent récupérables, renforçant la faisabilité technique du projet de reconstruction.
L’environnement institutionnel s’est également consolidé. Une commission multisectorielle et une plateforme interministérielle ont été mises en place pour accompagner le partenariat public-privé destiné à reconstruire la raffinerie. Le Market Sounding organisé les 29 et 30 juin 2026 à Yaoundé a confirmé l’intérêt des investisseurs internationaux, qui ont toutefois conditionné leur engagement à plusieurs ajustements techniques, financiers et institutionnels.
Sur le plan financier, l’opération de restructuration du capital réalisée en juin 2026 constitue une autre avancée majeure. Le « coup d’accordéon » a permis d’absorber les pertes accumulées, de porter le capital social à 184 milliards de FCFA et les fonds propres à 108 milliards de FCFA, réduisant ainsi le risque réglementaire qui pesait sur la continuité d’exploitation de l’entreprise.
Si le retour au raffinage reste conditionné à la reconstruction des installations, les premiers résultats enregistrés traduisent une amélioration tangible de la situation de la SONARA. Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse désormais le redressement d’une entreprise publique : il s’agit de restaurer un outil industriel stratégique, de renforcer la sécurité énergétique nationale et de réduire progressivement la dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés.
Amélie Yandal



