Le crédit bancaire camerounais entre dans une phase de recomposition à deux vitesses. D’un côté, le volume de dossiers traités progresse légèrement ; de l’autre, les montants engagés reculent sensiblement, traduisant un essoufflement des grandes opérations d’investissement. Selon les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), les établissements de crédit ont accordé 207 119 nouveaux concours au premier trimestre 2026, pour une enveloppe globale de 1 337,3 milliards de FCFA. Le Cameroun conserve ainsi sa position de premier marché du crédit de la Cemac, concentrant une part majeure des financements de la sous-région.
Derrière cette position de leader régional, le marché s’est nettement contracté. Un an plus tôt, les volumes atteignaient 1 887 milliards de FCFA, soit une baisse d’environ 550 milliards en glissement annuel. Dans le même temps, le nombre de bénéficiaires progresse légèrement, passant de 202 508 à 207 119 dossiers. La BEAC y lit une demande toujours présente, mais orientée vers des tickets plus faibles, signe d’un ralentissement des projets structurants et d’une prudence accrue des banques dans l’octroi des financements.
Le marché reste dominé par un noyau dur de cinq établissements qui concentrent 74,33 % des nouveaux crédits. En tête, General Bank of Cameroon (ex-Société Générale Cameroun), désormais sous contrôle public, capte 17,64 % du marché contre 11,07 % un an plus tôt. Elle est talonnée par SCB Cameroun (groupe Attijariwafa Bank) à 17,48 %. La Bicec recule à 14,76 %, tandis qu’Afriland First Bank signe une nette progression à 13,48 %. CCA-Bank confirme sa montée en puissance avec 10,97 %, portée par la transformation progressive de son modèle en banque commerciale.
La BEAC nuance toutefois cette concentration en estimant que le marché demeure structurellement fragmenté, aucune banque ne disposant à elle seule d’un pouvoir suffisant pour influer sur les conditions générales du crédit. Cette lecture doit néanmoins être relativisée par un élément technique : l’absence de données de la Commercial Bank of Cameroon (CBC) sur la période étudiée, liée à un incident de reporting. Or l’établissement pesait près de 11 % du marché un an plus tôt, ce qui pourrait modifier sensiblement la hiérarchie réelle de la concurrence.
Sur le plan de la demande, les entreprises continuent d’absorber l’essentiel du crédit bancaire, avec 1 207 milliards de FCFA, soit plus de 90 % des encours. Mais ce niveau marque un recul net par rapport aux 1 594,6 milliards enregistrés un an auparavant, confirmant un resserrement des conditions de financement de l’économie productive. Les grandes entreprises concentrent à elles seules 72,60 % des crédits, contre 17,66 % pour les PME, dont l’accès au financement demeure structurellement contraint.
La structure des maturités accentue ce déséquilibre. Les crédits à court terme représentent 73,23 % des engagements, loin devant les financements à moyen et long terme, encore marginalisés. Cette configuration traduit une économie encore largement dépendante des financements de trésorerie, au détriment des investissements productifs de long cycle. Dans ce contexte, le coût du crédit poursuit sa remontée, avec un taux débiteur moyen porté à 9,03 % contre 8,26 % un an plus tôt. Pour les PME, cette double contrainte — raréfaction des financements longs et renchérissement du crédit — réduit davantage les marges de manœuvre et pèse sur les capacités d’investissement.



