La représentation des industriels camerounais s’inscrit dans la continuité, mais les défis, eux, se multiplient. Réuni en assemblée générale élective le 5 novembre 2026 à Douala, le Syndicat des industriels du Cameroun (SYNDUSTRICAM) a renouvelé sa confiance à Samuel Njanga Kondo Ngande. Le dirigeant de la Société camerounaise de cartonnages et de fournitures de matériel scolaire et de bureau (SOCARTO) entame ainsi un nouveau mandat de trois ans à la tête de cette organisation patronale créée en 1948. Elle fédère des entreprises opérant notamment dans l’agroalimentaire, la chimie, les matériaux de construction, le bois, la métallurgie et l’énergie.
Cette reconduction prolonge un mandat entamé en 2021, puis prorogé jusqu’en 2026 par l’assemblée générale du 25 juin 2025. Cette rencontre avait également permis l’adoption de statuts révisés et d’un nouveau barème de cotisations. À 63 ans, le président réélu dirige SOCARTO, entreprise familiale spécialisée dans le papier kraft et les emballages en carton, qui emploie près de 100 personnes et revendique une position de premier plan au Cameroun et en Afrique centrale. Il poursuivra sa mission avec une équipe de dix membres issus notamment de SOCARTO, CIMENCAM, SOCIPEC, AZUR, ALUCAM et Nestlé Cameroun. La liste « CAP INDUSTRIE 2029 » entend privilégier la consolidation institutionnelle, l’élargissement de la représentativité et des résultats mesurables pour les adhérents.
Dans son allocution de clôture, Samuel Kondo a placé ce nouveau cycle sous le signe de la collégialité, de la transparence, de l’écoute et d’une meilleure prise en compte des PME et PMI. Le programme de travail prévoit notamment de sécuriser les ressources du syndicat, d’élargir sa base d’adhérents, de renforcer son plaidoyer à partir de données économiques et de concrétiser les partenariats engagés. Parmi les outils envisagés figure un baromètre trimestriel de l’industrie, destiné à documenter plus régulièrement les difficultés et les évolutions du secteur. L’organisation compte actuellement une soixantaine de membres représentant une quarantaine d’industries.
Le contexte économique donne toute sa portée à cette feuille de route. Le syndicat qualifie 2025 d’« année de transition stratégique », marquée par les incertitudes géopolitiques et commerciales, les contraintes énergétiques, la hausse des coûts de production et la concurrence des importations. Malgré cet environnement, douze unités industrielles ont été mises en service au cours de l’année. Les exportations manufacturières ont, pour leur part, progressé de 21,2 %, passant de 106,2 à 128,6 milliards de FCFA. Mais elles ne représentent encore que 4,4 % des exportations totales du Cameroun, contre 62,6 % pour les produits primaires. Le rapport souligne notamment que le pays exporte plus de six fois davantage de cacao brut que l’ensemble de ses produits manufacturés.
Sur le terrain réglementaire, l’organisation exprime des réserves concernant certaines dispositions douanières et fiscales de la loi de finances 2026, notamment l’introduction d’une taxe environnementale. Elle pointe également les difficultés d’approvisionnement en électricité et le retrait de capacités de producteurs indépendants, qui fragilisent la continuité de l’activité industrielle. À l’inverse, l’admission de 128 produits au régime préférentiel de la CEMAC est considérée comme une avancée favorable à l’intégration commerciale régionale. En 2025, le SYNDUSTRICAM a participé à seize conseils, comités et cadres de concertation, lancé six éditions des « Chroniques de l’industrie » et conclu un partenariat avec Huawei autour de l’innovation industrielle et technologique. Une convention de collaboration avec l’UNOC, au Congo, est également en préparation.
La consolidation de la représentation patronale devra toutefois s’accompagner d’un redressement financier. Le résultat net du syndicat est tombé à 6,4 millions de FCFA en 2025, contre 20,7 millions un an plus tôt, soit une contraction de 68,9 %. Les cotisations facturées ont reculé de 24,2 %, à 57,57 millions de FCFA, tandis que les charges ont diminué de 7,1 %, à 51,5 millions. Plus préoccupant, les créances sur les adhérents atteignaient 95,98 millions de FCFA, représentant 86,6 % de l’actif circulant, alors que la trésorerie se limitait à 3,9 millions. Le recouvrement des cotisations, l’élargissement du nombre d’adhérents et la diversification des ressources figurent ainsi parmi les urgences du bureau reconduit. Pour Samuel Kondo, le défi sera de transformer cette nouvelle légitimité en capacité d’action collective, au moment où la compétitivité des entreprises industrielles reste étroitement liée à l’énergie, à la fiscalité et à l’accès aux marchés.
Fabrice Tatisson



