Après le ciment, le groupe Dangote élargit son périmètre d’activité au Cameroun. Le conglomérat nigérian d’Aliko Dangote vient de se doter d’une structure dédiée aux hydrocarbures, avec à sa tête Bertrand Mbouck, actuel dirigeant de Dangote Cement Cameroon. Constituée le 28 octobre 2026, Dangote Oil & Gas Cameroon SA dispose d’un capital initial de 10 millions de FCFA. Son siège est établi à Douala-Bonanjo, tandis qu’un centre opérationnel est déclaré dans la zone industrielle de Kribi.
Cette nomination consacre la confiance du groupe envers un dirigeant qui pilote ses activités cimentières au Cameroun depuis 2020. Bertrand Mbouck rejoint un conseil d’administration composé de quatre membres : Aliko Dangote, sa fille Fatima Aliko-Dangote, Devakumar Victor Gnanadoss Edwin et lui-même. Deloitte & Touche assurera le commissariat aux comptes, avec KPMG Afrique Centrale comme suppléant. La nouvelle fonction vient ainsi s’ajouter à ses responsabilités dans le ciment, sans annonce d’un éventuel changement à la tête de cette filiale.
Le champ d’intervention déclaré de la nouvelle société dépasse la seule importation de carburants. Il couvre notamment la construction et l’exploitation de dépôts, de terminaux pétroliers et de pipelines, le transport et le stockage d’hydrocarbures, mais aussi l’importation et la commercialisation d’essence, de gasoil et de gaz domestique. Le raffinage, le traitement du gaz et l’exploitation de stations-service figurent également parmi les activités envisagées. Ces possibilités restent toutefois conditionnées aux autorisations réglementaires. Aucun investissement ni calendrier de déploiement n’a, pour l’heure, été annoncé. Le capital de départ de 10 millions de FCFA ne renseigne donc pas sur l’ampleur des projets industriels à venir.
Cette implantation intervient dans un contexte de rapprochement entre Yaoundé et le groupe nigérian. La Sonara, Dangote Industries Limited et MRS Holding ont conclu un accord d’approvisionnement destiné à couvrir, pendant 30 mois, environ 50 % des besoins camerounais en produits pétroliers. La raffinerie de Lekki fournira les carburants, tandis que MRS assurera leur acheminement jusqu’à Limbé. En 2025, le Cameroun avait importé 2,02 millions de tonnes de produits pétroliers blancs, pour une facture de 788,4 milliards de FCFA. Rien ne permet toutefois d’établir que la nouvelle filiale camerounaise participera directement à l’exécution de ce contrat.
Le groupe ne part pas de zéro. Présent dans le ciment depuis 2015, il exploite à Douala une unité de broyage de clinker d’une capacité annuelle de 1,5 million de tonnes. En juillet 2026, Devakumar Edwin avait déjà évoqué auprès des autorités camerounaises un projet de stockage de carburants à Douala, éventuellement relié à un pipeline. La création de Dangote Oil & Gas Cameroon fournit désormais un cadre juridique local à cette ambition, sans pour autant confirmer le lancement des infrastructures annoncées.
La conquête éventuelle de la distribution s’annonce plus disputée. TotalEnergies, Tradex, Neptune Oil, Ola Energy, Gulfcam et Corlay Cameroun occupent déjà le marché. Selon les données du Groupement des professionnels du pétrole d’octobre 2025, ses membres détenaient collectivement 73 % du marché de l’essence et 78 % de celui du gasoil. Sur le segment du gaz domestique, 132 902 tonnes de GPL ont été mises à la consommation entre janvier et juillet 2026, en hausse de 6,2 % sur un an. Tradex en a commercialisé 18 772 tonnes, soit 14,12 % du marché, devant SCTM (13,31 %), TotalEnergies (11,72 %) et Ola Energy (8,85 %). Pour Dangote, l’enjeu sera désormais de transformer ses prérogatives juridiques en investissements concrets sur un marché déjà structuré.
Anatole Bidias



