Ce n’est pas une nouvelle grille salariale que vient d’instaurer le ministère des Finances. Les rémunérations des dirigeants sont fixées depuis 2019 par les décrets n°2019/321 et n°2019/322 du 19 juin 2019, respectivement pour les entreprises et les établissements publics. Les arrêtés n°0000015/MINFI et n°0000016/MINFI du 13 août 2026 actualisent, eux, la classification des entités auxquelles ces barèmes s’appliquent. Les deux textes prennent effet au 1er janvier 2026.
Entreprises publiques
Pour les entreprises publiques, le classement repose sur le chiffre d’affaires moyen des trois exercices de référence. Cinq catégories sont retenues : plus de 100 milliards de FCFA pour la première, de 50 à 100 milliards pour la deuxième, de 10 à 50 milliards pour la troisième, de 5 à 10 milliards pour la quatrième et 5 milliards ou moins pour la cinquième.
Au sommet figurent CAMTEL, ALUCAM, SOCADEL, le Port autonome de Douala (PAD), SODECOTON, SONARA et SNH. Toutes relèvent de la première catégorie. Leur directeur général dispose d’un salaire de base de 6 millions de FCFA. À celui-ci s’ajoutent une indemnité de responsabilité de 1,2 million et une indemnité de représentation de 857 143 FCFA, soit 8 057 143 FCFA bruts par mois, avant impôts et hors avantages.
SONATREL est la seule entreprise classée en deuxième catégorie. Son DG bénéficie d’un salaire de base de 4 millions de FCFA. Avec 800 000 FCFA d’indemnité de responsabilité et 571 429 FCFA de représentation, la rémunération mensuelle brute atteint 5 371 429 FCFA.
Lire aussi : ENTREPRISES PUBLIQUES : Les sept poids lourds du nouveau classement de l’État
La troisième catégorie comprend CAMAIR-Co, CDC, CAMWATER, EDC, ADC, le Port autonome de Kribi (PAK) et la SCDP. Le salaire de base du DG y est fixé à 3 millions de FCFA, soit 4 028 571 FCFA avec les deux indemnités. Le CNCC, le LABOGENIE et la SOPECAM relèvent de la quatrième catégorie, avec 2,5 millions de FCFA de salaire de base et 3 357 143 FCFA avec indemnités.
La cinquième catégorie regroupe 16 entreprises, parmi lesquelles ANAFOR, CAMPOST, CNIC, Cameroun Public-Expansion, LANAVET, HYDRO-MEKIN, MIDEPECAM, MAETUR, MAGZI, Pamol Plantations, MATGENIE, SODEPA, SEMRY, SIC, SONAMINES et SNI. Le salaire de base de leur DG est de 2 millions de FCFA, soit 2 685 714 FCFA avec les indemnités. Au total, les 34 entreprises classées se répartissent entre sept en première catégorie, une en deuxième, sept en troisième, trois en quatrième et 16 en cinquième.
Établissements publics
Pour les établissements publics, le barème est inférieur. La première catégorie comprend la CNPS et le FEICOM. Le salaire de base du DG est de 3 millions de FCFA. Avec 600 000 FCFA d’indemnité de responsabilité et 428 571 FCFA de représentation, le montant atteint 4 028 571 FCFA bruts par mois.
La deuxième catégorie comprend l’ART, la CSPH et le Fonds routier, avec 2,5 millions de FCFA de salaire de base et 3 357 143 FCFA avec indemnités. La troisième réunit notamment l’AER, la CCAA, la CRTV, le FODECC, le FNE, l’Hôpital général de Douala et l’Office du Baccalauréat. Leur DG est rémunéré sur une base de 2 millions de FCFA, soit 2 685 714 FCFA avec les indemnités.
Lire aussi : CAMEROUN – ENTREPRISES PUBLIQUES : Ce que l’État prend réellement en compte dans leur classification
En quatrième catégorie figurent notamment l’API, l’ARMP, l’ANOR, l’ANTIC, l’ARSEL, la CAA, le Centre Pasteur du Cameroun, l’ENAM, le GCE Board, l’Hôpital général de Yaoundé, l’IRAD et l’INS. Le salaire de base du DG est de 1,5 million de FCFA, pour une rémunération de référence de 2 014 286 FCFA avec les deux indemnités. La cinquième catégorie, la plus fournie, regroupe les autres établissements classés par l’arrêté n°0000016/MINFI. Pour cette catégorie, le salaire de base du DG est de 1 million de FCFA, soit 1 342 857 FCFA avec indemnités.
Ce qu’il faut savoir sur les indemnités
Le mécanisme est donc clair : le salaire de base des DG d’entreprises publiques va de 2 à 6 millions de FCFA, contre 1 à 3 millions pour les établissements publics. Dans les deux cas, l’indemnité de responsabilité représente un cinquième du salaire de base et l’indemnité de représentation un septième. Ces deux composantes portent les rémunérations brutes de référence des DG d’entreprises à 8,06 millions, 5,37 millions, 4,03 millions, 3,36 millions et 2,69 millions de FCFA selon la catégorie. Pour les établissements, elles vont de 4,03 millions à 1,34 million.
Ces montants ne constituent toutefois pas le salaire total. Les textes prévoient également des avantages liés à la fonction, notamment le logement ou la résidence de fonction, le carburant, l’eau et l’électricité, la domesticité, les communications, le véhicule de fonction, les gardiens, la prise en charge médicale et l’évacuation sanitaire, ainsi que certains frais de mission, d’ameublement et d’équipement. Des primes peuvent également intervenir sous conditions. Ces avantages sont encadrés et ne doivent donc pas être additionnés automatiquement au salaire de chaque DG.
Lire aussi : CAMEROUN – TÉLÉCOMS : CAMTEL s’impose parmi les entreprises publiques de référence
C’est notamment ce qui explique les montants supérieurs à 10 millions de FCFA parfois avancés dans le débat public. Le chiffre de 13,5 millions de FCFA présenté comme le « salaire » d’un DG de première catégorie ne correspond pas au salaire mensuel réglementaire. Il s’agit d’une simulation additionnant le salaire, les indemnités et différents avantages théoriques. Il ne peut donc être présenté comme la rémunération effectivement perçue par un dirigeant déterminé.
Ce qu’il faut retenir de la nouvelle classification
La nouvelle classification ne crée donc pas de nouveaux salaires. Elle actualise le classement des entités publiques à partir de leurs performances 2022-2024 et permet d’appliquer les niveaux de rémunération prévus par les décrets de 2019. Les sept entreprises de première catégorie — CAMTEL, ALUCAM, SOCADEL, PAD, SODECOTON, SONARA et SNH — occupent ainsi le sommet du barème, avec 6 millions de FCFA de salaire de base pour leur DG. À l’autre extrémité, les DG des entreprises de cinquième catégorie disposent de 2 millions de FCFA de base, contre 1 million pour ceux des établissements publics de cinquième catégorie.
Enfin, tous les organismes publics ne doivent pas être intégrés mécaniquement à cette grille. L’arrêté relatif aux entreprises publiques précise notamment que le Crédit Foncier du Cameroun et la Société de Recouvrement des Créances sont soumis au régime bancaire. La Caisse des dépôts et consignations relève également d’un traitement spécifique dans l’arrêté relatif aux établissements publics. Leur rémunération ne peut donc être déduite mécaniquement des cinq catégories générales.
Lire aussi : CAMEROUN – GOUVERNANCE : Le Port Autonome de Douala rejoint le premier cercle des entreprises publiques
Amélie Yandal



