Le passage du financement à la cotation se complique pour Renaprov Finance. L’établissement camerounais de microfinance avait pourtant franchi une étape importante le 30 juin, avec l’admission de 52 019 actions au Dépositaire central unique (DCU) de la CEMAC. Mais le 5 août, le Comité d’admission et de développement de la BVMAC, présidé par Edouard Célestin Boboua Mimata, a décidé de ne pas autoriser « en l’état » leur introduction à la cote. Le processus reste ouvert, sous réserve des réponses attendues de l’émetteur et de son arrangeur, Afriland Bourse & Investissement.
Le premier obstacle est judiciaire. La BVMAC demande des explications sur le contentieux foncier opposant Renaprov Finance à Martin Joël Mbia Essama devant les juridictions camerounaises. Une décision défavorable pourrait, selon la place régionale, affecter la crédibilité de l’émetteur et la réputation du marché financier. L’enjeu est d’autant plus sensible que, selon les informations publiées le 2 septembre, ce litige ne figurait pas dans la note d’information de l’appel public à l’épargne lancé en décembre 2025. Sa portée financière et patrimoniale reste, elle, à préciser.
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La deuxième réserve concerne le commissaire aux comptes. La BVMAC réclame des clarifications sur l’agrément du cabinet GECI, qui a certifié les états financiers servant de base au dossier d’introduction. Le cabinet est dirigé par l’expert-comptable Donatien Motokwa Wafo. Cette interrogation ne signifie pas que les comptes sont irréguliers, mais la BVMAC entend s’assurer de la conformité de leur certification avant toute négociation du titre.
Troisième difficulté : le compartiment de cotation. Le Comité demande d’examiner une admission sur E-PME, segment destiné aux entreprises répondant notamment à certains critères de taille. Celui-ci prévoit un accompagnement par un Listing Sponsor agréé par la COSUMAF pendant 12 à 24 mois. Or, aucun Listing Sponsor ne serait encore agréé, ce qui complique cette option.
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Ces réserves interviennent alors que l’opération financière est restée très en deçà de son ambition initiale. Renaprov Finance comptait émettre 400 000 actions à 21 000 FCFA, pour lever 8,4 milliards de FCFA et ouvrir 44,44 % de son capital. À fin juin, 52 019 actions seulement avaient été admises au DCU, représentant 1,092 milliard de FCFA, soit près de 13 % de l’objectif. La campagne avait d’ailleurs été prolongée après une première souscription insuffisante.
Pour Renaprov, ces ressources doivent renforcer les fonds propres, soutenir le financement de la clientèle et accompagner l’extension du réseau d’agences. Mais l’écart entre l’objectif et les fonds effectivement levés réduit la puissance financière attendue de l’opération. Il renforce aussi l’importance de la gouvernance, de la transparence et de la maîtrise des risques pour convaincre le marché.
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La BVMAC n’enterre toutefois pas le projet. Le dossier pourra être réexaminé après transmission des clarifications demandées à Renaprov Finance, dirigée par le révérend pasteur Emmanuel Noël Bissai, et à Afriland Bourse & Investissement. Le cas illustre une réalité nouvelle du marché régional : mobiliser l’épargne ne suffit plus. Pour accéder à la cote, Renaprov devra désormais lever les incertitudes juridiques, comptables et réglementaires qui entourent son opération.
Tressy Chouente



