Sur les quais du port de Douala, principal point de sortie du cacao camerounais, l’année 2025 restera marquée par une dynamique contrastée. D’un côté, les recettes d’exportation ont franchi la barre des 810 milliards de FCFA, en progression de 18,7 % par rapport à 2024. De l’autre, cette embellie masque des fragilités liées à la baisse des volumes et à la volatilité des cours mondiaux.
La performance observée s’explique en grande partie par la flambée des prix internationaux enregistrée durant le premier semestre. Dans le sillage des tensions sur l’offre mondiale, les cours du cacao ont atteint des niveaux historiques fin 2024, prolongeant leurs effets au début de l’année suivante. Entre janvier et juin 2025, les prix à l’exportation du cacao camerounais oscillaient entre 3 800 et 4 130 FCFA le kilogramme, selon les données de l’Office national du cacao et du café (ONCC). Sur le marché international, la tonne se négociait jusqu’à 10 750 dollars en début d’année, avant un ajustement progressif au printemps.
Cependant, cette tendance haussière n’a pas résisté à l’évolution du marché mondial. À partir de juin 2025, les cours ont amorcé un repli marqué, enregistrant une baisse significative sur l’ensemble de l’année. Cette correction, estimée à près de 65 % entre janvier et décembre, a freiné la progression des recettes en fin d’exercice, atténuant l’impact des prix élevés observés en début d’année.
Au-delà des fluctuations des cours, la baisse des volumes exportés constitue un autre facteur clé. Les quantités de cacao brut expédiées ont reculé de 9 %, passant de 178 230 tonnes en 2024 à 162 257 tonnes en 2025. Cette contraction s’inscrit dans une tendance amorcée depuis plusieurs années, traduisant des contraintes persistantes sur l’offre, notamment liées à la productivité, aux conditions climatiques et à l’organisation de la filière.
Paradoxalement, la production nationale a connu une progression notable. Lors de la campagne cacaoyère 2024/2025, les producteurs ont commercialisé 309 518 tonnes de fèves, en hausse de 13 % selon l’ONCC. Une part croissante de cette production, estimée à environ 35 %, a été orientée vers la transformation locale, contribuant à la création de valeur ajoutée sur le territoire.
Le cacao confirme ainsi son statut de pilier de l’économie camerounaise. En 2025, il représente à lui seul 26,3 % des recettes d’exportation. En y ajoutant les produits dérivés, dont les revenus s’élèvent à 376,9 milliards FCFA, la filière dépasse pour la première fois le poids des hydrocarbures dans les exportations nationales.
Cette performance souligne toutefois la forte dépendance du secteur aux marchés internationaux. La volatilité des prix continue de dicter les revenus, exposant l’économie à des chocs externes. Dans ce contexte, l’enjeu pour les années à venir sera de stabiliser la production, d’améliorer les rendements et de renforcer la transformation locale afin de sécuriser les recettes.
Entre opportunités liées à la demande mondiale et défis structurels internes, la filière cacao se trouve à un tournant stratégique. Sa capacité à consolider ses acquis déterminera son rôle dans la diversification de l’économie et la résilience face aux fluctuations des marchés internationaux.



