Dans un environnement international marqué par de fortes tensions sur les marchés énergétiques, les autorités camerounaises ont opté pour un retour à un dispositif d’importation reposant sur des négociants internationaux. À l’issue d’une réunion stratégique tenue le 13 mars 2026, la CSPH a validé la sélection de trois opérateurs chargés de sécuriser l’approvisionnement du pays en carburants au deuxième trimestre.
Pour répondre à la demande nationale en essence super, Mocoh et Vitol ont été retenus pour fournir un volume global de 200 000 tonnes métriques sur la période d’avril à juin. En ce qui concerne le gasoil, Cleveland Overseas LTD a obtenu le marché pour un volume estimé à 220 000 tonnes métriques. Cette répartition vise à garantir une couverture optimale des besoins énergétiques, dans un contexte où la stabilité des approvisionnements devient un enjeu stratégique.
Ce choix intervient alors que les prix des produits raffinés connaissent une envolée significative sur les marchés internationaux. Selon les données de l’Energy Information Administration (EIA), l’essence régulière a enregistré une hausse de près de 73 % entre fin février et début avril 2026, passant d’environ 703 dollars à plus de 1 200 dollars la tonne. Le diesel à très faible teneur en soufre a suivi une tendance similaire, avec une progression dépassant les 80 %, atteignant près de 1 378 dollars la tonne. Le kérosène aviation n’est pas en reste, affichant également une hausse marquée sur la même période.
Ces niveaux de prix, basés sur les cotations spot FOB de la côte américaine du Golfe, ne prennent toutefois pas en compte les coûts additionnels liés au transport, à l’assurance et à la logistique jusqu’au Cameroun. En intégrant ces paramètres, la facture réelle des importations pourrait s’avérer encore plus élevée, accentuant la pression sur les finances publiques et sur l’équilibre du secteur aval pétrolier.
Dans ce contexte, le recours à des traders internationaux apparaît comme une réponse pragmatique pour limiter les risques de rupture d’approvisionnement. Cette stratégie permet également à l’État de conserver une certaine flexibilité dans la gestion des flux d’importation, tout en s’adaptant aux fluctuations rapides des prix sur les marchés mondiaux.
Au-delà de l’urgence conjoncturelle, cette décision souligne les défis structurels auxquels fait face le Cameroun, fortement dépendant des importations de produits raffinés. Avec une consommation nationale estimée à plusieurs centaines de milliers de tonnes par trimestre, la sécurisation des approvisionnements demeure une priorité pour soutenir l’activité économique et éviter des tensions sur le marché local.
Dans un contexte de recomposition géopolitique et de volatilité accrue des cours, les choix opérés par les autorités traduisent une volonté de renforcer la résilience du système d’approvisionnement énergétique. Reste à savoir si cette stratégie permettra de contenir durablement les effets de la hausse des prix sur les consommateurs et les finances publiques.



