Dans les salons feutrés de la capitale, le déjeuner d’affaires organisé le 26 mars 2026 par l’AmCham a pris des allures de plaidoyer pour l’économie camerounaise. En marge de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, la rencontre a rassemblé diplomates, opérateurs économiques et représentants de l’administration autour d’un objectif partagé : repositionner le Cameroun comme une destination crédible et attractive pour les investisseurs américains.
Le contexte reste cependant délicat. Depuis sa suspension de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), le Cameroun ne bénéficie plus de l’accès préférentiel au marché américain, un levier qui a soutenu plusieurs milliards de dollars d’exportations africaines vers les États-Unis ces dernières années selon le Bureau du Représentant américain au commerce (USTR). Des pays comme le Kenya ou le Ghana continuent d’en profiter, accentuant la concurrence pour attirer les flux de capitaux.
Pour dépasser cet obstacle, l’AmCham s’appuie sur son réseau pour rapprocher entreprises camerounaises et investisseurs américains. L’objectif est de faire évoluer la relation bilatérale au-delà du simple commerce, vers des partenariats industriels et des projets générateurs de valeur ajoutée locale.
Les chiffres témoignent du potentiel du pays : la Banque mondiale estime la croissance camerounaise autour de 3,5 % en 2025, soutenue par des secteurs porteurs comme les infrastructures, les mines, l’agro-industrie et les services. Pourtant, cette attractivité se heurte à des contraintes structurelles : complexité administrative, délais d’exécution des contrats et incertitudes réglementaires.
Du côté américain, l’intérêt existe mais reste prudent. John G. Robinson, chargé d’affaires par intérim à l’ambassade des États-Unis à Yaoundé, a insisté sur le déficit de lisibilité des opportunités économiques locales. Pour de nombreuses entreprises, le vrai défi n’est pas seulement le risque, mais la compréhension des procédures, l’accès à l’information et la fiabilité des partenaires locaux.
Face à ce constat, l’AmCham se positionne comme une interface opérationnelle, facilitant le dialogue entre ses membres et les administrations fiscales et douanières, tout en plaidant pour plus de transparence et de sécurité juridique. Pour sa présidente, Laure Djoukam, l’enjeu est de construire un environnement favorable à la création d’entreprises, à l’industrialisation et à l’emploi local.
Hors AGOA, la stratégie camerounaise repose désormais sur une diplomatie économique offensive. L’objectif est clair : transformer l’intérêt américain en investissements concrets, capables de soutenir la croissance et de renforcer la position du Cameroun comme acteur régional incontournable.



