À Douala et Yaoundé, les montagnes de déchets font désormais partie du paysage urbain. Chaque année, ces deux grandes villes concentrent une part importante des plus de 6 millions de tonnes de déchets générés au Cameroun. Face à cette pression environnementale, des initiatives privées tentent d’apporter des solutions durables, en transformant ces rebuts en ressources économiques.
C’est dans cette dynamique que Thermosun Cameroun et Blue Energy Holding, deux entreprises camerounaises, annoncent un investissement initial estimé à près d’un milliard de FCFA pour amorcer leurs projets industriels. Actuellement en phase de négociation avec l’État, ces initiatives pourraient à terme mobiliser des financements beaucoup plus importants, évalués à plus de 850 milliards de FCFA.
Le premier projet, porté par Thermosun Cameroun, prévoit la mise en place de deux unités industrielles de transformation des déchets ménagers. Les installations envisagées devraient permettre de récupérer plus de 1 500 tonnes de déchets par jour et d’en traiter environ 833 tonnes quotidiennement, soit près de 280 000 tonnes par an, avec possibilité d’extension. L’objectif est de produire des engrais organiques, des biocarburants et de l’électricité. Le coût global de ce projet est estimé à 276 milliards de FCFA, sous réserve de validation par les autorités.
De son côté, Blue Energy Holding ambitionne de développer un dispositif encore plus vaste, axé sur la production d’énergie. L’entreprise projette l’installation de deux unités capables de traiter jusqu’à 3 000 tonnes de déchets par jour, avec une capacité annuelle de production estimée à 912,5 gigawattheures d’électricité. Cette énergie serait destinée à alimenter les réseaux urbains et à accompagner le développement futur de bus électriques dans les grandes agglomérations.
Le projet inclut également l’acquisition de 1 000 camions fonctionnant au biogaz ou au biodiesel, l’installation de 10 000 bacs à ordures, ainsi que la mise en place d’une centrale électrique indépendante. L’investissement global est estimé à 580 milliards de FCFA. Toutefois, son financement reste en discussion, notamment avec des partenaires suédois qui conditionnent leur appui à une contribution publique de 30 %, soit environ 174 milliards de FCFA.
Ces projets s’inscrivent dans une stratégie de transition énergétique et d’économie circulaire. Au Cameroun, où plus de 70 % des ménages urbains dépendent encore du bois-énergie, la valorisation des déchets apparaît comme une alternative crédible pour réduire la déforestation et limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Au-delà de l’enjeu environnemental, les retombées économiques sont également attendues. Le développement de cette filière pourrait générer des centaines d’emplois directs et indirects, notamment dans la collecte, le tri et la transformation.
Si les négociations aboutissent, ces investissements pourraient marquer un tournant dans la gestion des déchets urbains au Cameroun, en transformant un problème structurel en véritable levier de croissance durable.



