(LVDE) — À Mboro, dans la zone portuaire de Kribi, les premiers jalons d’un projet énergétique stratégique prennent forme. Portée par Cstar et la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la future raffinerie avance à un rythme soutenu, avec des études d’ingénierie réalisées à 80 %, selon les responsables du consortium en charge des travaux.
Sur le site encore marqué par les travaux de terrassement, la base vie est opérationnelle et les équipes techniques multiplient les interventions depuis janvier 2026. Lancé en juillet 2025, le chantier vise la construction d’une raffinerie de brut et d’un terminal de stockage stratégique destiné à renforcer l’autonomie énergétique du Cameroun. À l’occasion d’une réunion tenue le 27 février 2026 au siège de la SNH à Yaoundé, les partenaires du projet ont dressé un état d’avancement jugé encourageant.
Georges Li, président du consortium RCG, a indiqué que les études d’ingénierie détaillée étaient finalisées à hauteur de 80 %. Plus d’un millier d’experts, principalement chinois et indiens, sont mobilisables pour accompagner le transfert de technologies et l’installation des équipements. Les travaux de génie civil progressent afin de sécuriser les structures principales avant l’arrivée des pluies. Les premières phases de tests techniques et la mise en service graduelle des installations sont annoncées pour la fin de l’année.
Le projet, piloté par Cstar avec l’appui de la SNH, prévoit l’édification d’une raffinerie sur un site d’environ 250 hectares, dotée d’une capacité initiale de 30 000 barils par jour. À terme, l’infrastructure devrait permettre de réduire de près de 30 % les importations de produits pétroliers raffinés. Selon les projections communiquées par les promoteurs, cette substitution pourrait générer une économie annuelle estimée à 750 millions de dollars, dans un contexte où la facture énergétique pèse lourdement sur la balance commerciale.
En complément, un terminal de stockage d’une capacité comprise entre 250 000 et 300 000 mètres cubes, extensible, sera aménagé pour constituer des réserves stratégiques. Gasoil, essence, kérosène, Jet A1 et fioul lourd y seront entreposés afin de sécuriser l’approvisionnement du marché national. D’après les données du ministère de l’Eau et de l’Énergie, la consommation nationale de produits pétroliers dépasse 2 millions de tonnes par an, un volume en croissance régulière.
Le coût global du projet est évalué entre 198 et 200 millions de dollars, soit environ 115 milliards de FCFA. Il sera déployé en trois phases, avec une mise en service commerciale envisagée pour 2028. Le financement est structuré avec l’appui de BGFIBank Cameroun, mandatée pour mobiliser les ressources nécessaires, après l’autorisation d’une convention de prêt intervenue le 19 février 2026.
Pour Nathalie Moudiki, présidente du Conseil d’administration de Cstar et représentante de l’Administrateur directeur général de la SNH, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de souveraineté énergétique. Au-delà de l’investissement industriel, les autorités misent sur la création d’emplois, le renforcement des compétences locales et la stabilisation de l’offre en carburants.
Dans un pays où les importations de produits raffinés demeurent structurelles depuis l’arrêt de la Sonara en 2019, la raffinerie de Kribi apparaît comme un pari stratégique. Reste désormais à maintenir le cap des délais et des financements pour transformer l’ambition affichée en réalité industrielle.
Raphael Mforlem



