Face à la presse le 31 mars 2026 à Yaoundé, le Directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, a dévoilé un nouveau dispositif destiné à encadrer l’importation et la taxation des téléphones mobiles et terminaux connectés. Cette réforme intervient dans un contexte marqué par une baisse des recettes douanières liée à la montée des importations informelles, à la sous-déclaration des marchandises et aux insuffisances du contrôle aux frontières.
Le mécanisme repose sur une digitalisation complète du processus. Désormais, les opérateurs économiques sont tenus de transmettre les numéros IMEI des appareils dès leur arrivée sur le territoire, via le manifeste électronique. Ces informations sont automatiquement intégrées dans le système douanier, qui identifie les caractéristiques des terminaux, notamment la marque et le modèle, et génère une déclaration permettant de calculer les droits et taxes. Une fois les paiements effectués, les données sont transmises aux opérateurs de téléphonie, conditionnant ainsi l’accès des appareils aux réseaux. Tout terminal non déclaré pourra être bloqué.
La réforme introduit également une nouvelle grille de taxation, avec un taux global d’environ 33,33 %, appliqué sur des bases ajustées selon les catégories de produits. Cette approche vise à réduire la pression fiscale réelle tout en élargissant l’assiette. À titre illustratif, un smartphone haut de gamme d’une valeur d’environ 1,5 million de FCFA sera taxé sur une base réduite, générant un droit compris entre 150 000 et 160 000 FCFA. Un appareil de milieu de gamme estimé à 80 000 FCFA sera soumis à une taxation d’environ 8 000 FCFA, tandis que les téléphones basiques resteront faiblement imposés, autour de 1 500 FCFA.
Dans un souci d’équilibre, les autorités ont prévu une mesure d’amnistie pour les appareils déjà en circulation. Tous les téléphones ayant été connectés au moins une fois aux réseaux nationaux sont exonérés de régularisation. En revanche, les équipements importés mais non encore utilisés devront impérativement être déclarés avant leur mise en service. Les voyageurs bénéficient d’un régime spécifique, avec une période d’utilisation temporaire limitée à un mois avant toute obligation de mise en conformité.
Au-delà de la mobilisation des recettes, cette réforme poursuit des objectifs structurants. Elle vise à améliorer la traçabilité des équipements, à lutter contre les téléphones contrefaits ou clonés et à renforcer la qualité des services de télécommunication. Elle offre également aux consommateurs la possibilité de vérifier la régularité douanière des appareils avant achat, contribuant ainsi à une meilleure protection du marché.
Selon les estimations de l’administration, le marché des téléphones mobiles au Cameroun représente plusieurs millions d’unités par an, avec une forte progression portée par la digitalisation des usages. Dans ce contexte, la modernisation du dispositif fiscal apparaît comme un levier stratégique pour sécuriser les flux commerciaux et garantir une concurrence équitable entre les acteurs.
En instaurant ce système fondé sur l’identification et la transparence, la Douane camerounaise entend poser les bases d’un cadre plus efficace et adapté aux réalités du marché. Reste à savoir si l’ensemble des acteurs s’appropriera ce nouvel outil pour en faire un véritable moteur de régulation et de croissance.



