(LVDE) — Les arriérés accumulés par l’État camerounais envers le producteur indépendant d’électricité Nachtigal Hydro Power Company atteignent un niveau préoccupant. Entre tensions de trésorerie, activation de garanties bancaires et négociations financières en cours, l’équilibre du plus grand projet hydroélectrique du pays est mis à l’épreuve.
La situation financière autour de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) suscite de vives préoccupations. Selon des informations concordantes, les factures impayées par l’État du Cameroun avoisinent désormais 70 milliards FCFA. Un montant qui s’est constitué progressivement : à la fin de l’année 2025, les arriérés dépassaient déjà 53 milliards FCFA, avant de s’alourdir avec des facturations mensuelles estimées à près de 10 milliards FCFA depuis janvier 2026.
Mis en service avec une capacité installée de 420 MW, le barrage de Nachtigal représente un investissement global évalué à 786 milliards FCFA. Ce projet stratégique doit accroître d’environ 30 % la capacité énergétique nationale et renforcer la part de l’hydroélectricité dans le mix camerounais. Pourtant, la montée des impayés fragilise son équilibre financier.
Face à la dégradation de sa trésorerie, NHPC aurait saisi successivement le Ministère de l’Eau et de l’Énergie du Cameroun puis le Ministère des Finances du Cameroun afin d’alerter sur les risques encourus. À la fin janvier 2026, les réserves disponibles ne permettaient plus de couvrir durablement les charges d’exploitation ni d’alimenter le compte dédié au remboursement des prêts contractés auprès des bailleurs internationaux. Cette situation a conduit à un défaut technique vis-à-vis des partenaires financiers.
Réunis à Paris le 27 janvier 2026, actionnaires et prêteurs ont examiné les options de sécurisation des paiements. Les discussions ont porté sur la clarification des engagements budgétaires inscrits en loi de finances, le réapprovisionnement d’une lettre de crédit logée à Société Générale Paris, ainsi que la mise en place d’un calendrier de remboursement plus structuré.
En parallèle, le ministère des Finances négocie avec Société Générale Cameroun et plusieurs établissements bancaires locaux la création d’un mécanisme de garantie revolving de 100 milliards FCFA. Une première tranche de 20 milliards FCFA a été mobilisée fin novembre 2025, mais seule une partie aurait effectivement été décaissée. D’autres institutions, dont Afriland First Bank, UBA, SCB Cameroun et Access Bank, ont manifesté leur intérêt pour renforcer ce dispositif.
La situation est également liée aux tensions financières d’Eneo, principal acheteur de l’électricité produite. Conformément au contrat d’achat d’énergie, NHPC facture environ 10 milliards FCFA par mois, que la production soit intégralement consommée ou non. Les retards de paiement ont déjà conduit à l’activation quasi totale de la garantie bancaire prévue dans le montage financier initial.
Dans l’attente d’une stabilisation des flux financiers, l’exploitation durable du barrage dépend largement des décisions budgétaires de l’État. Pour les analystes du secteur, la résolution rapide de cette équation financière demeure cruciale afin de préserver la crédibilité du Cameroun auprès des investisseurs et des bailleurs internationaux.
Amelie Yandal



