(LVDE) — La décision d’Africa Global Logistics (AGL) Cameroun de réduire son capital social de 68 % constitue un tournant majeur dans la trajectoire financière de l’entreprise. Officiellement adoptée lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue récemment à Douala, cette opération vise à absorber une perte cumulée de plus de 7 milliards de FCFA, tout en repositionnant la filiale locale sur des bases financières plus saines.
La réduction de capital est un mécanisme technique prévu par le droit des sociétés qui permet de compenser des pertes importantes en diminuant la valeur nominale des actions ou le montant total du capital social. Dans le cas d’AGL Cameroun, l’opération consiste à ramener les fonds propres de l’entreprise à un niveau cohérent avec ses résultats actuels, afin d’éviter l’effritement des capitaux propres et de respecter les seuils réglementaires imposés par la loi et les partenaires financiers.
Jusqu’en 2025, les comptes d’AGL Cameroun affichaient des capitaux propres négatifs, conséquence de plusieurs exercices déficitaires marqués par la contraction des marges logistiques, la hausse des coûts opérationnels et la baisse temporaire des flux d’import-export liés aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. La perte de plus de 7 milliards de FCFA cumulée représente ainsi un fardeau financier qui risquait de fragiliser durablement la structure du bilan du groupe.
La réduction de capital de 68 % ne doit pas être interprétée comme un retrait du marché, mais plutôt comme une action de redressement. En pratique, cela signifie que si le capital social initial était par exemple de 10 milliards FCFA, il est désormais ajusté à environ 3,2 milliards FCFA, alignant mieux les capitaux propres sur les réalités économiques de l’entreprise. Ce réalignement comptable aide AGL Cameroun à « effacer » comptablement les pertes passées, ce qui rend ses états financiers conformes aux normes internationales (exigées notamment pour les audits, les appels d’offres et les relations bancaires).
Selon des communiqués et analyses publiés par la presse économique locale (Investir au Cameroun, 2026), la décision s’inscrit également dans une logique de préservation des opérations. AGL Cameroun opère dans un secteur stratégique : la logistique multimodale, la gestion portuaire, le transport intermodal et les services de fret. Une crise prolongée de solvabilité aurait pu réduire sa capacité à honorer ses obligations contractuelles, ce qui aurait des répercussions sur les chaînes de distribution locales et régionales — notamment pour les exportateurs de matières premières et les importateurs de biens de consommation.
Sur le plan sectoriel, le secteur logistique au Cameroun joue un rôle central dans l’économie nationale. Le Port autonome de Douala et les corridors routiers connectés absorbent près de 80 % du commerce extérieur du pays, d’après des données de la Banque mondiale et de la CNUCED. Dans ce contexte, un acteur comme AGL représente un maillon crucial : manutention, entreposage, logistique en chaîne, transit douanier, etc. La capacité de l’entreprise à se redresser financièrement est donc jugée indispensable pour assurer la fluidité de la chaîne logistique, sur laquelle reposent des milliers d’emplois et des flux de devises importants.
Des analystes notent par ailleurs que la réduction de capital n’est qu’une première étape. Le groupe AGL, présent dans plus de 40 pays africains, travaille aussi à renforcer sa performance opérationnelle via des investissements dans l’optimisation des coûts, la digitalisation des services logistiques, et la modernisation de ses plateformes multimodales. L’enjeu est double : redevenir rentable localement tout en conservant la compétitivité du réseau continental.
En résumé, la réduction de capital de 68 % opérée par AGL Cameroun représente une réponse comptable et stratégique à des pertes substantiellesisées au fil de plusieurs années. Cette opération permet de redresser les bilans, d’éviter des sanctions réglementaires, et surtout de préserver l’avenir de l’entreprise au cœur d’un secteur logistique essentiel au développement économique du Cameroun.
Raphael Mforlem



