(lavoixdesentreprises.info) – À l’issue de l’assemblée annuelle de la Banque Africaine de Développement (BAD) tenue à Abidjan en Côte d’Ivoire, Sidi Ould Tah a été élu président, succédant à Akinwumi Adesina. Son programme ambitieux vise à transformer l’économie africaine en se concentrant sur l’accès au capital, le développement du capital humain et des infrastructures durables.
Le 28 mai 2025, Sidi Ould Tah a été élu président de la Banque Africaine de Développement (BAD) lors d’un scrutin très attendu, marquant un tournant pour l’institution. Ancien ministre mauritanien et directeur général de la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique, Ould Tah a obtenu 48,81 % des voix dès le deuxième tour, soulignant son soutien solide au sein des 54 États membres africains et des 27 pays non africains actionnaires. Son élection intervient dans un contexte économique complexe, où les défis structurels de l’Afrique nécessitent des réponses audacieuses et innovantes.
Ould Tah a articulé sa vision autour de quatre axes stratégiques, dont le premier est la facilitation de l’accès à des capitaux abordables. Actuellement, les pays africains font face à des coûts d’emprunt prohibitifs qui entravent leur capacité à investir dans des projets d’infrastructure cruciaux. En réponse, il propose de mobiliser des ressources via des partenariats renforcés avec les banques régionales et les acteurs privés. Cette approche pourrait générer une dynamique nouvelle, favorisant ainsi un environnement d’investissement plus attractif. En intégrant des instruments financiers innovants et en renforçant les garanties, Ould Tah espère multiplier l’effet de levier des fonds pour financer des projets essentiels.
Un autre axe majeur de sa feuille de route est le développement du capital humain. Ould Tah place la jeunesse au centre de sa stratégie, reconnaissant que l’avenir économique de l’Afrique repose sur l’éducation et la formation. En formalisant le secteur informel et en soutenant les micro-entreprises par des incitations fiscales et des outils numériques, il espère stimuler l’inclusion économique. Selon des études récentes, le secteur informel représente jusqu’à 85 % de l’emploi dans certaines régions d’Afrique, ce qui souligne l’urgence de cette initiative.
En outre, son programme met l’accent sur le rôle des infrastructures durables comme levier de transformation économique. Ould Tah plaide pour le renforcement des chaînes de valeur industrielles autour des ressources locales, une démarche essentielle pour réduire la dépendance aux importations et stimuler la production locale. Avec une intégration systématique des considérations climatiques dans les projets d’infrastructure, il vise à transformer chaque dollar investi en un vecteur de résilience face aux chocs environnementaux. Ce faisant, il promeut l’idée que le développement économique et la durabilité ne sont pas des objectifs opposés, mais complémentaires.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Afrique a besoin d’environ 130 à 170 milliards de dollars par an pour financer ses infrastructures, et la BAD joue un rôle crucial dans la mobilisation de ces ressources. Dans ce cadre, Sidi Ould Tah souhaite renforcer la coopération avec les bailleurs de fonds et les investisseurs privés pour élargir le champ des possibles. Sa vision s’inscrit également dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD), particulièrement l’ODD 9 sur l’industrialisation et l’ODD 8 sur une croissance économique soutenue et inclusive.
Face à la nécessité de répondre aux défis globaux tels que le changement climatique et les crises sanitaires, la BAD, sous la direction de Sidi Ould Tah, pourrait devenir un acteur clé pour catalyser le changement sur le continent. En prônant un modèle de développement centré sur les ressources locales et la durabilité, il ouvre la voie à une économie africaine plus intégrée et résiliente. Ainsi, son mandat pourrait marquer un tournant décisif pour la BAD et, par extension, pour le développement économique de l’Afrique entière.
Raphael Mforlem


