Grégory Clerc, DG Groupe Castel
(LVDE) — Au cœur de l’un des empires brassicoles et vinicoles les plus discrets d’Europe et d’Afrique, une lutte de pouvoir interne oppose le directeur général Gregory Clerc aux héritiers du fondateur Pierre Castel. Derrière cette fracture, enjeux économiques, succession et gouvernance se mêlent dans un bras de fer qui pourrait redéfinir l’avenir du groupe familial.
Dans les coulisses du géant Castel, présent sur le continent africain depuis des décennies et acteur majeur de secteurs clés comme la bière, les boissons et le vin, une guerre d’influence fait vaciller l’harmonie qui prévalait jusqu’ici entre dirigeants et héritiers. À l’origine de ce « divorce institutionnel », une divergence profonde sur la gestion future du groupe, dirigé depuis 2023 par Gregory Clerc, un ancien avocat fiscaliste devenu l’un des rares dirigeants externes à prendre la tête d’une entreprise historiquement contrôlée par la famille Castel.
Les désaccords sont devenus publics ces derniers mois. Les héritiers potentiels de Pierre Castel pointent du doigt ce qu’ils perçoivent comme une mainmise excessive du directeur général sur la gouvernance du groupe. Selon eux, certaines décisions stratégiques, notamment la révocation d’Alain Castel — neveu du fondateur — de postes clés au sein de holdings importantes, représentent une concentration de pouvoirs qui mettrait en péril le patrimoine familial et le contrôle historique de l’entreprise.
Le conflit a pris une dimension internationale en janvier 2026 à Singapour, où se trouve l’une des structures de contrôle du groupe, l’immense holding Investment Beverage Business Management (IBBM). Là, une assemblée d’actionnaires extraordinaire organisée par les héritiers a tenté de révoquer Gregory Clerc de son mandat d’administrateur. Cette tentative s’est heurtée à une riposte immédiate de l’entourage de Clerc, qui a contesté la validité du vote et affirmé que les résolutions n’avaient pas été adoptées de manière formelle.
Sur les réseaux professionnels et dans les communiqués, le patron du groupe a réaffirmé sa détermination à rester en place et à poursuivre la stratégie de développement entamée sous son mandat. « Je reste plus que jamais aux manettes », a-t-il écrit sur LinkedIn, soulignant que ses responsabilités ne se limitaient pas à un seul mandat et que la structure complexe du groupe signifie que sa révocation d’IBBM n’entraînerait pas automatiquement sa destitution de toutes les instances dirigeantes.
Pour les observateurs du secteur, cette crise de gouvernance illustre les défis auxquels sont confrontées les entreprises familiales internationales lorsqu’elles confient leur direction à des professionnels extérieurs au clan. Le groupe Castel, avec ses nombreuses filiales en Afrique — dont des brasseries et des opérations viticoles réparties dans plus de 20 pays — génère un chiffre d’affaires de plus de 6,5 milliards d’euros et constitue un acteur économique incontournable sur le continent.
Dans ce contexte, l’enjeu dépasse la seule personnalité de Gregory Clerc, 41 ans. Il s’agit de déterminer comment un empire bâti depuis 1949 par Pierre Castel, aujourd’hui âgé de 99 ans, sera administré à l’avenir et dans quelles proportions la famille fondatrice conservera son influence face à une direction professionnelle. Certaines sources proches des héritiers estiment que de nouvelles assemblées générales et procédures judiciaires pourraient marquer les prochaines étapes de ce bras de fer, avec pour objectif, d’un côté, de préserver l’héritage familial, et de l’autre, de soutenir une gestion jugée plus professionnelle pouvant garantir la pérennité de l’entreprise.
La bataille s’étend désormais au-delà des cercles privés et touche des actionnaires, des structures holding dispersées entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, ainsi que des marchés où le groupe Castel est un fournisseur incontournable. Dans les semaines à venir, l’issue de ce « divorce » influencera non seulement l’avenir de l’un des plus grands empires brassicoles et vinicoles, mais aussi la perception mondiale des équilibres entre héritage familial et direction professionnelle dans les grandes entreprises familiales internationales.
Raphael Mforlem



