(LVDE) — Le transfert du Groupe Prometal du réseau moyenne tension exploité par Eneo vers le réseau haute tension géré par la Sonatrel constitue un tournant majeur pour le secteur électrique camerounais. Au-delà des controverses liées à de supposés impayés, aujourd’hui démenties, cette évolution met en lumière une reconfiguration profonde du marché de l’électricité, avec des conséquences directes sur la répartition des recettes et l’équilibre économique des acteurs, au premier rang desquels Eneo.
Contrairement aux informations ayant circulé ces dernières semaines, le groupe Prometal, dirigé par l’industriel Hayssam El Jammal, ne détient aucune dette estimée à 6,5 milliards de FCFA envers Eneo Cameroon. À l’issue d’une visite d’entreprise, le top management du groupe a tenu à clarifier la situation, dénonçant une mauvaise interprétation de documents de facturation qui a porté atteinte à son image. Depuis son changement de régime énergétique, assure Prometal, toutes les consommations sont régulièrement réglées, mois après mois, auprès de son nouvel interlocuteur, la Sonatrel.
L’origine de ce basculement remonte à septembre 2022, lorsqu’une explosion de transformateurs sur le site de Logbaba a privé plusieurs industries sidérurgiques de Douala d’électricité. Cet incident a mis en évidence les limites du réseau de distribution moyenne tension opéré par Eneo pour les très grands consommateurs industriels. Face à cette situation, l’État, par l’entremise de l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL), a estimé que le niveau de consommation du groupe Prometal n’était plus compatible avec un raccordement en moyenne tension.
Sur la base des textes en vigueur et du cadre contractuel liant Eneo à la Sonatrel, l’ARSEL a instruit Prometal d’engager les démarches pour une connexion directe au réseau haute tension, relevant du transport et non plus de la distribution. Cette décision repose sur un principe technique et économique : les clients à très forte consommation doivent être raccordés au réseau haute tension afin de garantir la stabilité du système électrique et la continuité de service.
Après près de deux années de négociations techniques et institutionnelles, Prometal et la Sonatrel ont signé, le 7 avril 2025 à Douala, un protocole d’accord d’accès au réseau de transport haute tension, en présence du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, et avec la participation d’Eneo. Désormais classé parmi les clients haute tension, à l’instar d’industries lourdes comme Alucam, Prometal bénéficie d’un cadre tarifaire et contractuel mieux adapté à ses exigences de compétitivité.
Le contrat d’accès au réseau stipule clairement que les paiements des consommations électriques sont effectués directement auprès de la Sonatrel. De ce fait, Prometal n’est plus client d’Eneo, mettant fin à toute relation commerciale entre les deux parties. Toutefois, selon des sources internes, le concessionnaire de la distribution aurait continué à émettre des factures mensuelles, entretenant la confusion autour de prétendus arriérés.
Pour Eneo, le départ de Prometal représente une perte significative. Le distributeur voit s’échapper l’un de ses plus gros clients industriels, avec un impact immédiat sur son chiffre d’affaires et sur la structure de ses revenus. À l’inverse, la Sonatrel enregistre une augmentation mécanique de ses recettes, renforçant son positionnement stratégique dans l’alimentation des grandes unités industrielles du pays.
Au-delà du cas Prometal, cet épisode illustre la montée en puissance progressive du transport haute tension dans l’architecture électrique nationale et fragilise le modèle économique de la distribution, appelé à s’adapter à la redéfinition du portefeuille de clients industriels. Il pose enfin la question de l’équilibre financier entre les différents maillons du secteur, dans un contexte de croissance industrielle et de recherche accrue de performance énergétique.
Raphael Mforlem


