Douala, capitale économique du Cameroun
(LVDE) — La santé financière des entreprises camerounaises montre des signes de fragilité préoccupants. Selon les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique (INS), les fonds propres des sociétés ont poursuivi leur dégradation en 2024, atteignant un seuil historiquement bas qui alimente les craintes d’une montée des défaillances économiques.
Le constat dressé par l’Institut national de la statistique est sans appel. Dans son rapport intitulé Situation économique et financière des entreprises en 2024, l’organisme public chargé de la production des statistiques officielles révèle que les fonds propres des entreprises camerounaises ne représentent plus que 12,4 % de leur total bilan. Une proportion jamais observée au cours des dix dernières années, qui traduit l’affaiblissement progressif de la structure financière des acteurs économiques du pays.
D’après les analyses de l’INS, largement relayées par la presse économique nationale, notamment Investir au Cameroun et EcoMatin, cette baisse continue des capitaux propres expose les entreprises à un risque accru d’insolvabilité. En clair, la capacité des sociétés à absorber les chocs économiques, à financer leurs investissements ou à honorer leurs engagements financiers s’amenuise, dans un contexte marqué par la hausse des coûts de production et la persistance des tensions sur le crédit.
Si la tendance est générale, elle cache toutefois de fortes disparités sectorielles. Le secteur secondaire apparaît comme le plus vulnérable. Selon les données détaillées par l’INS et reprises par Business in Cameroon, plusieurs branches industrielles figurent parmi les plus fragiles, notamment le textile et la confection, la transformation des produits agricoles, la fabrication de produits céréaliers, la réparation d’équipements industriels ainsi que le bâtiment et les travaux publics. Ces activités, fortement dépendantes des investissements lourds et des importations, subissent de plein fouet la contraction des marges et la faiblesse des fonds propres.
Dans le secteur tertiaire, la situation est moins critique mais demeure préoccupante. Le commerce de gros et de détail ainsi que la réparation de véhicules se distinguent par des niveaux de capitaux propres particulièrement bas, signe d’une forte dépendance à l’endettement pour assurer la continuité des activités. Quant au secteur primaire, l’INS souligne que la sylviculture et l’exploitation forestière figurent parmi les branches les plus exposées, dans un environnement marqué par des contraintes réglementaires et des fluctuations de la demande internationale.
Face à l’insuffisance des fonds propres, les entreprises camerounaises ont massivement recours à l’endettement pour financer leur exploitation. Le rapport de l’INS indique ainsi que le coefficient d’endettement est passé de 1,22 en 2023 à 1,28 en 2024, un niveau jugé au-delà du seuil de soutenabilité financière. Cette évolution, analysée par plusieurs experts économiques cités dans La Nouvelle Expression et Journal du Cameroun, renforce les inquiétudes sur la solidité du tissu productif national.
Dans un contexte où les pouvoirs publics multiplient les initiatives en faveur de l’industrialisation et du soutien aux PME, cette dégradation des fonds propres pose la question cruciale de la recapitalisation des entreprises. Pour les analystes, la relance durable de l’économie camerounaise passera nécessairement par un renforcement des capitaux propres, condition essentielle pour restaurer la confiance, soutenir l’investissement et préserver l’emploi.
Anatole Bidias


