(LVDE) — Dans la région du Littoral, la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) a officiellement restitué 2 566 hectares de terres à l’État du Cameroun, à l’issue d’une réunion tripartite organisée le 21 janvier. Cette rétrocession entre dans le cadre d’un long processus de clarification foncière entre l’entreprise agro-industrielle, les autorités et les communautés locales, et vise à apaiser un conflit qui dure depuis plusieurs années.
La filiale camerounaise du groupe agro-industriel Socfin a procédé à la rétrocession de plus de 2 500 hectares de terres non exploitées à l’État, a rendu public le rapport issu des travaux de délimitation foncière sur le site de Dibombari, dans la région du Littoral. Lors de la séance de concertation tripartite tenue le 21 janvier 2026, les services cadastraux ont présenté les résultats des opérations de bornage et de densification réalisés à l’initiative de la Socapalm en collaboration avec les autorités compétentes et les représentants des communautés riveraines. Après cette opération, la concession de Socapalm à Dibombari passe de 11 210 hectares à 8 643 hectares, une réduction résultant de la restitution volontaire de 2 566 hectares à l’État.
Pour l’entreprise, cette décision s’inscrit dans une volonté affirmée de travailler en transparence avec les pouvoirs publics et les populations locales afin de clore durablement une problématique foncière qui a souvent été source de malentendus et de tensions. Les autorités administratives, les élus locaux et les chefs traditionnels présents ont salué la démarche, tout en soulignant la nécessité d’une mise en œuvre effective de la restitution des terres aux communautés concernées.
Ce geste intervient dans un contexte plus large de conflits fonciers persistants entre la Socapalm et les populations riveraines de plusieurs localités du Littoral, notamment Apouh à Ngog, Mbimbè, Koukouhè et d’autres villages où des litiges similaires ont éclaté autour de l’exploitation des terres par la société. Des communautés locales ont, à plusieurs reprises, dénoncé l’occupation prolongée de leurs terres ancestrales pour des plantations industrielles sans compensation adéquate et sans restitution des zones prévues par les baux emphytéotiques conclus avec l’État.
Ces contestations ont donné lieu ces dernières années à des manifestations, parfois réprimées par les forces de l’ordre, et à des rapports d’organisations de défense des droits humains mettant en lumière des abus et des violations présumés des droits des populations locales. Certaines enquêtes ont aussi dénoncé des irrégularités dans l’attribution de concessions foncières et des écarts entre les superficies concédées et celles réellement exploitées par l’entreprise, soulevant des interrogations sur la transparence et la légalité de certaines pratiques.
Les retours de terres, au cœur des discussions, s’inscrivent dans un processus entamé depuis plusieurs années, notamment à travers des expertises techniques conduites avec l’appui du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF), visant à préciser les limites des concessions et à garantir la sécurité foncière. À ce jour, Socapalm a déjà restitué plusieurs milliers d’hectares au domaine de l’État dans le cadre de ces opérations, qui devraient ensuite permettre une redistribution effective des parcelles aux communautés locales.
Alors que la question foncière continue de polariser les relations entre grandes plantations industrielles et populations riveraines, cette avancée à Dibombari est perçue comme une étape importante vers la résolution de conflits souvent source de tensions sociales et économiques.
Anatole Bidias


