Dr George ELOMBI Président d’Afreximbank
(LVDE) — La Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank) a annoncé, ce vendredi 23 janvier 2026 à partir de son siège au Caire, la cessation de sa collaboration avec l’agence de notation Fitch Ratings. Cette décision intervient après des tensions croissantes sur l’évaluation de sa solvabilité et relance le débat sur l’adaptation des méthodologies de notation aux réalités institutionnelles africaines.
Dans un communiqué rendu public ce vendredi, la Banque Africaine d’Import-Export, plus connue sous l’acronyme Afreximbank, a confirmé officiellement la rupture de son partenariat avec l’agence de notation internationale Fitch Ratings, qui lui attribuait jusqu’ici une note de crédit longue de BBB-, assortie d’une perspective négative. Selon le document publié par l’institution panafricaine basée au Caire, cette décision fait suite à une revue approfondie de la relation entre les deux parties, avec la conviction que les notations fournies par Fitch ne reflètent plus, ni fidèlement, ni adéquatement, le cadre juridique, le mandat et l’accord constitutif qui régissent l’activité de la banque multilatérale.
Cette rupture s’inscrit dans un contexte de désaccord croissant entre Afreximbank et l’agence américaine, après une série d’analyses jugées défavorables par la banque africaine. En juin 2025, Fitch avait abaissé la note de l’établissement à “un cran au-dessus de la catégorie spéculative”, en évoquant une hausse des risques de crédit et des faiblesses perçues dans la gestion des risques, notamment en raison de l’exposition aux prêts souverains de certains pays africains en difficulté financière. Cette décision avait alors suscité une vive réaction de la part de l’institution africaine, qui avait contesté l’interprétation des données par l’agence et dénoncé une mauvaise compréhension de son modèle opérationnel et de son statut institutionnel unique.
À travers sa déclaration, Afreximbank réaffirme que son profil financier demeure bon, soutenu par des liens solides avec ses États membres actionnaires et par les protections juridiques incluses dans son traité constitutif, qui lui confèrent un rôle particulier dans le financement du commerce intra- et extra-africain. Le communiqué rappelle également que malgré la fin de sa collaboration avec Fitch, la banque continue de bénéficier de notations de qualité-investissement auprès d’autres agences internationales telles que Moody’s, GCR, JCR et CCXI.
Ce développement relance par ailleurs un débat plus large sur la pertinence des méthodologies de notation traditionnelles appliquées aux institutions financières multilatérales africaines. Plusieurs acteurs du secteur plaident pour une approche plus adaptée aux spécificités de ces entités, voire pour la création d’une agence africaine de notation souveraine qui serait conçue avec une compréhension plus fine des réalités économiques continentales. Ce projet d’agence alternative est évoqué depuis plusieurs mois et trouve un écho renforcé à la lumière des récentes divergences entre Afreximbank et les grandes agences internationales.
Par ailleurs, Afreximbank, dont le rôle consiste à faciliter le financement des échanges commerciaux en Afrique et à soutenir des initiatives comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), maintient une position stratégique malgré ces tensions. L’institution a récemment vu ses actifs et engagements dépasser les 40 milliards de dollars, avec des fonds propres substantiels, ce qui souligne sa solidité opérationnelle même dans un environnement mondial de plus en plus complexe pour les banques de développement.
Raphael Mforlem


