Judith Yah Sunday, Directrice générale de la Cameroon Telecommunications
(LVDE) — L’opérateur historique des télécommunications engage une nouvelle offensive sur le terrain de la couverture numérique. Pour concrétiser un vaste plan d’expansion de ses réseaux, Camtel s’appuie sur un consortium bancaire local, avec l’appui stratégique de la Banque centrale.
Dans les couloirs de Cameroon Telecommunications, le chantier de la modernisation est désormais au cœur de toutes les attentions. L’entreprise publique, longtemps critiquée pour la qualité inégale de ses services, prépare une montée en puissance de ses infrastructures. Selon des sources proches du dossier, un groupement de quatre établissements bancaires camerounais — Commercial Bank Cameroun, Afriland First Bank, Union Bank of Cameroon et National Financial Credit — a été sélectionné pour accompagner un programme d’investissement estimé à 52,2 milliards de FCFA.
L’ambition affichée est claire : renforcer la présence des réseaux 2G, 3G et 4G dans les capitales régionales, les chefs-lieux départementaux, mais aussi dans les pôles universitaires et les grandes écoles. Une stratégie qui vise à répondre à la fois aux attentes croissantes des usagers et aux exigences de compétitivité dans un secteur télécoms de plus en plus concurrentiel.
Pour structurer le financement, la Commercial Bank Cameroun, désignée chef de file du pool bancaire, a engagé des démarches auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale afin d’activer le mécanisme dit du guichet spécial de refinancement. Ce dispositif, distinct des instruments classiques de politique monétaire, est conçu pour soutenir les crédits à moyen terme dédiés à des projets productifs. La réglementation prévoit toutefois que la contribution de la banque centrale ne dépasse pas 60 % du coût global.
Réuni le 29 septembre 2025, le Comité de politique monétaire de la BEAC a donné son feu vert à la mobilisation de 31,3 milliards de FCFA au profit du projet de Camtel. Le prêt, structuré sur une durée de sept ans, est assorti d’un taux indexé sur le TIAO, qui s’établissait alors à 4,5 %, avant d’être relevé à 4,75 % en décembre.
Mais ce soutien financier reste encadré. La banque centrale exige notamment que Camtel renforce sa part d’autofinancement, appelée à atteindre 20,9 milliards de FCFA, et qu’elle formalise l’engagement d’affecter strictement les ressources au déploiement des infrastructures prévues. À cela s’ajoutent des recommandations de gouvernance financière : amélioration de la rentabilité opérationnelle, consolidation des fonds propres et respect d’un niveau minimal d’indépendance financière.
En dépit de ces exigences, la BEAC juge le projet solide, au regard des perspectives de trésorerie, de l’évolution attendue des indicateurs financiers et de l’historique de remboursement jugé satisfaisant de certains partenaires bancaires impliqués. L’opération met aussi en lumière un instrument de financement encore peu exploité dans la sous-région. Le gouverneur Yvon Sana Bangui lui-même a récemment reconnu que la majorité des banques de la Cemac ignorait largement l’existence et le potentiel du guichet B, dont les textes font actuellement l’objet d’une relecture.
Pour Camtel, l’enjeu dépasse le simple déploiement technique. Il s’agit d’un test de crédibilité, à un moment où l’État camerounais mise sur la transformation numérique comme levier de développement, et où les attentes des consommateurs en matière de connectivité n’ont jamais été aussi élevées.
Amelie Yandal


