Capitale politique du Cameroun
(LVDE) — Les séquelles économiques de la crise post-électorale de fin 2025 se font désormais sentir jusque dans les bilans bancaires. D’après le GECAM, une part importante des entreprises camerounaises éprouve de sérieuses difficultés à honorer ses engagements financiers, faisant planer la menace d’un durcissement du crédit et d’un ralentissement prolongé de l’activité.
Dans les bureaux feutrés des directions financières comme dans les ateliers tournant au ralenti, l’inquiétude est palpable. Quelques mois après les tensions post-électorales d’octobre-novembre 2025, le tissu économique camerounais peine à retrouver son souffle. Le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : près de 40 % des entreprises ayant contracté des emprunts bancaires déclarent ne plus pouvoir respecter leurs échéances.
Ce constat, issu d’une enquête menée auprès de ses membres, met en lumière une fragilisation rapide de la trésorerie des sociétés. Entre baisse d’activité, ruptures d’approvisionnement et climat d’incertitude, de nombreuses entreprises ont vu leurs revenus chuter brutalement, sans pour autant pouvoir alléger leurs charges fixes. Résultat : la pression sur les remboursements bancaires devient insoutenable pour une proportion croissante d’acteurs économiques.
L’analyse sectorielle révèle des disparités préoccupantes. La construction apparaît comme le secteur le plus exposé, avec plus de sept entreprises sur dix en situation de défaut potentiel. L’industrie et le transport suivent de près, confirmant que les activités nécessitant de lourds investissements et un financement constant sont les plus vulnérables aux chocs économiques. Dans ces branches, beaucoup estiment que les simples mesures de report d’échéances proposées par certaines banques ne suffisent plus.
Au-delà des retards de paiement, le GECAM évoque un risque plus profond : celui de la « défaillance globale ». Près d’un tiers des entreprises interrogées seraient aujourd’hui incapables d’assumer simultanément leurs obligations bancaires, fiscales et sociales. Un niveau qui fait craindre un effet domino, où les difficultés du secteur productif se répercuteraient directement sur la solidité des établissements financiers.
Si certains secteurs comme l’agriculture ou les banques restent, pour l’instant, relativement épargnés, le patronat appelle à une réponse rapide et coordonnée. Pour éviter qu’une crise économique ne se transforme en crise du crédit, il plaide pour des mécanismes de soutien à la trésorerie, un partage des risques entre l’État et les banques, ainsi que des solutions de financement plus adaptées à la situation exceptionnelle que traversent les entreprises.
Car derrière ces chiffres, c’est la capacité de l’économie camerounaise à rebondir durablement qui est désormais en jeu.
Tressy Chouente


