Celestin Tawamba Gecam, Président du GECAM
(LVDE) — À l’issue des tensions post-électorales d’octobre 2025, le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a rendu public son rapport d’évaluation des impacts économiques. Entre pertes financières massives, perturbations logistiques et fragilisation du tissu productif, le secteur privé met en avant des mesures d’urgence et des leviers stratégiques pour redynamiser l’économie nationale et restaurer la confiance des acteurs économiques.
Le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 a plongé le Cameroun dans une crise post-électorale d’une ampleur inédite. Les événements se sont déroulés en trois phases : montée des tensions entre le 12 et le 25 octobre, intensification des troubles du 26 au 30 octobre, et paralysie des activités économiques via les opérations de « villes mortes » du 3 au 5 novembre et au-delà. Les régions du Littoral, du Grand Nord, du Sud-Ouest, de l’Est et de l’Ouest ont été particulièrement touchées, perturbant l’ensemble des chaînes d’approvisionnement et entraînant un ralentissement brutal de la demande.
Face à ce contexte, le GECAM a conduit une étude approfondie entre le 6 novembre et le 2 décembre 2025 auprès de 289 entreprises, couvrant PME, TPE et grandes sociétés, représentant un chiffre d’affaires cumulé de près de 4 825 milliards FCFA. Des entretiens qualitatifs avec 11 organisations professionnelles ont complété l’enquête. La concentration des répondants à Douala, épicentre de la crise, a permis une analyse fine sur près de 67 % du chiffre d’affaires national.
Le rapport révèle que la crise a généré un choc économique sévère : contraction moyenne de 33,5 % du chiffre d’affaires pour les entreprises interrogées, soit une perte estimée à 202,2 milliards FCFA, dont 160,5 milliards concentrés sur Douala. Les finances publiques ont également souffert, avec un manque à gagner fiscal d’environ 43,3 milliards FCFA, essentiellement sur la TVA et l’impôt sur les sociétés. Les secteurs de l’hôtellerie-restauration (-53,4 %), de la construction (-44,6 %) et de l’industrie-énergie (-39,8 %) ont été les plus affectés. La perturbation logistique a touché près de 86 % des entreprises agricoles et 74 % des industries, entraînant une hausse moyenne des coûts de 20,1 %, avec un pic à 32,5 % pour le secteur agricole.
La crise a mis en lumière des vulnérabilités structurelles : près de 44 % des entreprises ne pouvaient plus honorer leurs obligations fiscales, 45 % leurs charges sociales et 40 % leurs échéances bancaires. Trente pour cent des entreprises ont simultanément échoué à respecter ces trois engagements, générant un risque majeur pour la continuité des activités. Sur le plan social, 17,3 % des entreprises ont procédé à des suppressions d’emplois, tandis que 56 % ont constaté une dégradation du climat interne et du moral des salariés.
Pour remédier à cette situation, le GECAM recommande plusieurs mesures prioritaires : des allègements fiscaux et reports d’échéances pour soulager la trésorerie, le déploiement de mécanismes financiers ciblés, notamment pour les TPE, la réhabilitation des infrastructures et des outils de production endommagés, la sécurisation des zones économiques et la fluidification des corridors logistiques essentiels. Ces actions visent à restaurer la confiance des acteurs, à réduire la vulnérabilité du tissu productif et à amorcer une relance économique rapide et durable.
L’analyse conclut que la crise post-électorale a été un révélateur des fragilités existantes et qu’une réponse coordonnée et immédiate pourrait transformer ce choc en opportunité de réformes structurelles, renforçant la compétitivité et la résilience de l’économie camerounaise. Le rapport souligne enfin que le redressement dépendra autant de la capacité de l’État à soutenir le secteur privé que de la mobilisation proactive des entreprises elles-mêmes.
Raphael Mforlem


