(LVDE) — Le projet d’usine de production de bitume porté par All Bitumen PLC à Kribi entre dans une phase décisive. Un groupement composé de quatre sociétés européennes a été sélectionné pour conduire les études techniques complémentaires, avec en ligne de mire une possible prise en charge des travaux de construction, sur fond d’appui affirmé de l’État et d’attentes fortes autour de l’impact économique.
Sur le site de 60 hectares situé dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, le décor est déjà planté : la végétation a été dégagée et le terrain se prépare à accueillir l’un des projets industriels les plus attendus du moment. All Bitumen PLC, entreprise à capitaux camerounais à l’origine de cette future unité de production de bitume, vient de franchir une étape clé en confiant les études techniques résiduelles à un consortium réunissant l’Autrichien Pöerner, le Turc Yamata, l’Allemand EDL et le Français Parlym. Ce choix, effectué au détriment d’un groupement chinois également en lice, traduit la volonté du promoteur de s’entourer d’expertises reconnues.
Selon le directeur général de l’entreprise, Ahmadou Oumarou, l’accord signé ouvre aussi la possibilité à ce consortium d’assurer la construction de l’usine, à condition que l’offre financière corresponde aux exigences des analystes. À ce stade, la répartition des rôles est déjà esquissée : ingénierie confiée à Pöerner et EDL, exécution des travaux à Yamata, réalisation des pipelines et infrastructures de stockage à Parlym. Une délégation de haut niveau des partenaires européens a d’ailleurs séjourné au Cameroun mi-janvier et s’est rendue sur le site pour apprécier les réalités du terrain.
Le calendrier a cependant évolué. Initialement espéré pour fin 2025, le démarrage effectif des travaux est désormais projeté en 2026. Cette phase préparatoire bénéficie d’un soutien concret des pouvoirs publics. Dans la loi de finances 2026, une enveloppe de 2 milliards FCFA a été mise à disposition du Port autonome de Kribi pour financer les terrassements, confirmant l’engagement de l’État à aménager des espaces attractifs pour les investisseurs. À cela s’ajoutent des exonérations fiscales sur les équipements et intrants, mesure saluée par All Bitumen PLC, qui y voit un signal fort de confiance.
À terme, l’usine devrait produire 250 000 tonnes de bitume par an, adossée à une mini-raffinerie de 10 000 barils par jour. L’investissement, évalué à 161 milliards FCFA, promet entre 300 et 400 emplois directs et jusqu’à 1 500 emplois indirects. Le financement du projet est structuré avec l’appui d’Afreximbank, mandatée pour mobiliser les ressources nécessaires une fois le coût final arrêté.
Au-delà des chiffres, les enjeux sont majeurs. Les experts estiment que cette unité pourrait faire baisser d’environ 30 % le coût des travaux routiers au Cameroun. Une perspective qui explique la décision de l’État de prendre une participation d’au moins 15 % dans le projet et son inscription dans la stratégie nationale d’extension du réseau de routes bitumées. Dans un pays souvent critiqué pour le coût élevé de ses infrastructures, l’usine All Bitumen de Kribi apparaît ainsi comme un levier industriel et économique stratégique, dont les prochaines étapes seront scrutées de près.
Raphael Mforlem


