(LVDE) – Dans le cadre de la Loi de Finances 2026, le gouvernement camerounais lance une mesure ambitieuse pour lutter contre le chômage des jeunes. Les entreprises recrutant des diplômés de moins de 35 ans bénéficieront d’une exonération totale d’IRPP et de TVA pendant trois ans, un dispositif destiné à dynamiser l’insertion professionnelle.
A Yaoundé, le défi de l’emploi des jeunes reste une priorité pour le gouvernement camerounais. Face à un taux de chômage qui touche particulièrement les diplômés sortant des universités et instituts, l’Etat a choisi d’innover par la fiscalité. Le projet de Loi de Finances 2026, récemment discuté au parlement, consacre une disposition inédite : toute entreprise qui recrute un jeune diplômé sans emploi de moins de 35 ans bénéficiera d’une exonération fiscale complète sur les salaires versés, à l’exception des charges sociales, pendant trois ans.
Cette initiative, inscrite à la page 24 du texte officiel, s’applique aux recrutements réalisés sous forme de contrat à durée indéterminée, de contrat à durée déterminée pour un premier emploi, de stage pratique pré-emploi ou de contrat d’alternance professionnelle. L’objectif est clair : transformer les entreprises en véritables leviers d’insertion professionnelle et encourager l’investissement dans le capital humain national. Le projet de loi précise que la mesure est applicable dès la signature du contrat et pour toute durée de trois ans, offrant ainsi aux employeurs un horizon de stabilité pour planifier leur recrutement.
Au-delà des exonérations sur l’IRPP et la TVA, le dispositif prévoit un crédit d’impôt équivalent à 20 % des charges supportées pour la formation, l’encadrement et l’insertion des jeunes diplômés. Cette disposition vise à soutenir particulièrement les Petites et Moyennes Entreprises (PME), souvent limitées par des marges étroites et peu enclines à prendre le risque d’embaucher des profils sans expérience. Elle ouvre également des perspectives pour les industries naissantes et les startups, en réduisant considérablement leur coût initial d’intégration des talents.
Pour garantir l’efficacité de cette mesure, le texte législatif définit précisément les conditions d’éligibilité : seules les entreprises relevant du régime réel ou adhérentes à un Centre de Gestion Agréé peuvent bénéficier de ces avantages. Les jeunes recrutés doivent être des diplômés camerounais, sans emploi préalable, et leur engagement doit être documenté pour valider l’exonération. La mise en œuvre effective de ce dispositif repose désormais sur la clarté des procédures administratives et la rapidité de traitement par les services fiscaux, afin de faciliter l’accès des entreprises à ces incitations.
L’initiative a été accueillie avec un optimisme prudent par le secteur privé. Les chefs d’entreprises voient dans cette mesure un signal fort de l’État pour dynamiser le marché de l’emploi des jeunes et réduire la fracture entre formation et insertion professionnelle. Les experts notent également que cette approche pourrait constituer un modèle de politique publique à long terme, si elle est accompagnée de mécanismes de suivi et d’évaluation adaptés.
En parallèle, le gouvernement entend combiner cette politique fiscale avec d’autres programmes d’accompagnement, comme des formations professionnelles ciblées et des dispositifs d’encadrement, afin d’assurer une montée en compétences des jeunes et d’accroître leur employabilité. L’ensemble de ces mesures, couplé à l’exonération fiscale, pourrait représenter un tournant majeur dans la lutte contre le chômage des jeunes au Cameroun et contribuer à renforcer la compétitivité des entreprises locales.
Le pari du Cameroun est donc audacieux : stimuler l’emploi tout en soutenant les entreprises, dans une logique gagnant-gagnant, qui pourrait transformer durablement le marché du travail et valoriser le capital humain national.
Raphael Mforlem



