(LVDE) – Un scandale retentissant secoue le secteur bancaire et pétrolier en Guinée équatoriale. Le gouvernement a engagé des poursuites contre Écobank, accusée d’avoir laissé transiter plusieurs millions d’euros au profit d’une société étrangère non autorisée. Le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a rendu publiques les premières conclusions d’une enquête qui met en lumière des irrégularités graves dans la gestion des flux liés aux assurances pétrolières et énergétiques.
Dans les couloirs du palais présidentiel de Malabo, l’atmosphère est lourde depuis la divulgation d’un montage financier impliquant Écobank et la société Willis Towers Watson, installée hors du territoire équato-guinéen. Le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, en première ligne sur ce dossier, a dévoilé un système où plusieurs millions d’euros ont circulé au mépris des règles imposées aux entreprises étrangères souhaitant opérer dans le pays.
Tout commence en mai 2025, lorsque l’Aseng, un navire opérant sur le champ offshore Safiro – l’un des gisements pétroliers majeurs du Golfe de Guinée – règle une prime d’assurance d’environ 5 millions d’euros. La police est souscrite auprès de Gepetrol Seguros, l’assureur public chargé de sécuriser les risques liés aux activités pétrolières nationales. Conformément aux accords établis, ces fonds devaient être immédiatement rétrocédés à Africa Re, la société de réassurance partenaire.
Mais cinq mois plus tard, les enquêteurs découvrent que l’argent n’a jamais atteint Africa Re. Il a été redirigé vers Willis, un intermédiaire qui ne figure sur aucune convention officielle et n’a jamais été habilité à intervenir sur le marché équato-guinéen. À cette première anomalie s’ajoute un second transfert, cette fois supérieur à 600 millions FCFA, lié à une police d’assurance concernant Turbogas, un acteur stratégique de la production énergétique. Là encore, le fonds aboutit sur un compte de Willis domicilié chez Écobank, après un passage initial par la Société Générale de Banque en Guinée équatoriale.
Les autorités ont conclu que Willis ne possédait ni agrément local, ni enregistrement fiscal, ni autorisation pour recevoir des fonds issus d’activités pétrolières du pays. « Une telle situation aurait dû enclencher des mécanismes automatiques de contrôle bancaire », a martelé le vice-président, évoquant des défaillances de vigilance telles que l’absence de retenues obligatoires, de contrôles documentaires et de vérifications de conformité.
Écobank se retrouve ainsi au centre des critiques, accusée d’avoir facilité des transactions sensibles sans exiger la régularisation de l’intermédiaire, enfreignant les règles nationales de supervision financière. « Aucune opération d’une société non homologuée ne devrait être validée », a rappelé le vice-président, dénonçant des manquements qualifiés de « graves ».
Gepetrol Seguros n’est pas en reste : elle devra expliquer pourquoi elle a contourné l’accord de réassurance conclu avec Africa Re en confiant des flux à un acteur non autorisé. L’exécutif cherche également à déterminer si ces transactions ont été validées ou simplement enregistrées par la BEAC, ce qui pourrait soulever des questions sur les procédures de contrôle régional.
Face à l’ampleur du scandale, les autorités ont ordonné le gel immédiat du compte de Willis, la restitution intégrale des sommes au Trésor public, l’interdiction faite aux entreprises parapubliques de procéder à des transferts internationaux sans aval gouvernemental, ainsi que des sanctions disciplinaires et financières à l’encontre d’Écobank.
À Malabo comme dans les milieux pétroliers régionaux, l’affaire fait déjà figure de cas d’école, révélant les failles d’un système financier qui se veut pourtant strict, et posant la question d’une surveillance renforcée des flux liés au secteur extractif, colonne vertébrale de l’économie nationale. Sorelle Ninguem


