(LVDE) – L’exode de professionnels camerounais vers le Canada atteint des proportions alarmantes, comme le révèle un rapport du Ministère canadien de l’Immigration. En 2024, près de 20 000 Camerounais ont obtenu leur résidence permanente, reflétant un flux migratoire motivé par l’absence de perspectives dans leur pays d’origine.
La dynamique de l’immigration camerounaise vers le Canada prend des proportions inédites. Selon un rapport publié mi-novembre 2025 par le Ministère canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, 19 820 citoyens camerounais ont été admis en tant que résidents permanents par la seule voie de l’immigration économique en 2024. Ce chiffre représente environ 0,067 % de la population totale du Cameroun, signalant une tendance inquiétante.
Ce flux d’immigration ne se limite pas à des chiffres ; il reflète avant tout une quête d’opportunités professionnelles que le pays d’origine ne parvient pas à offrir. Le Cameroun est désormais reconnu comme une source clé pour combler les manques de main-d’œuvre au Canada, en particulier dans les secteurs francophones. Ces nouveaux immigrants ne sont pas simplement des migrants, mais des professionnels qualifiés dont les compétences sont recherchées pour soutenir le développement économique du pays nord-américain.
L’ampleur de ce mouvement migratoire n’est pas tant le signe d’un manque d’attachement à leur patrie que le résultat de perspectives d’avenir limitées. C’est une situation qui témoigne d’un « ascenseur social bloqué » pour de nombreux diplômés, les obligeant à fuir à la recherche de meilleures conditions de vie. Au Québec, par exemple, le Cameroun est devenu en 2024 la principale source d’immigrants permanents, représentant 15,4 % des admissions, surpassant des nations historiquement majeures comme la France et la Chine.
La tendance est d’autant plus préoccupante que, en dehors du Québec, les Camerounais constituent la source majeure de résidents francophones, avec 10 395 admissions. Cette évolution soulève des interrogations sur l’avenir du marché du travail local. Lena Metlege Diab, la ministre canadienne de l’Immigration, a affirmé que le pays continuera à prioriser l’immigration économique, visant à ce que près de 65 % des nouveaux résidents permanents contribuent aux besoins du marché de l’emploi d’ici 2027.
Mais pourquoi tant de Camerounais choisissent-ils cette voie ? Les raisons sont multiples. Selon leconomie.info, l’analyse des experts met en lumière des problématiques liées à la gouvernance, à l’économie et au secteur éducatif. En effet, les salaires proposés dans la fonction publique et une grande partie du secteur privé sont souvent jugés insuffisants, ne correspondant pas au coût de la vie et aux attentes internationales.
La perception de la corruption et du favoritisme entrave également l’ascension des jeunes talents, tandis que l’accès aux services essentiels comme la santé, l’électricité et des infrastructures de qualité est limité. En conséquence, la sécurité dans certaines régions du Cameroun reste un handicap à l’attractivité du pays. Pire encore, l’absence d’un environnement propice à l’innovation et à l’essor des initiatives privées complique la situation.
Un rapport de l’Économie camerounaise, qui s’appuie sur des informations de l’Organisation internationale du Travail, souligne que le Cameroun a perdu environ 23 000 travailleurs qualifiés en 2020, soit 2,2 % de sa main-d’œuvre qualifiée. Ce phénomène n’est pas simplement une question de fuite des cerveaux, mais un acte réfléchi face à un cadre socio-économique contraignant. Les conditions actuelles, qui doivent être améliorées pour concurrencer le modèle canadien, laissent ainsi un vide qui constitue une perte regrettable pour le pays. Les répercussions de cette migration persistante soulignent l’importance d’une réforme en profondeur des politiques économiques et sociales.
Raphael Mforlem


