Exemple d’une quincaillerie
(LVDE) – Alors que le Cameroun tente de promouvoir sa production locale, les importations illégales en provenance du Nigeria connaissent une flambée inquiétante. Des produits comme de l’eau, les chaussures, les carburants et les matériaux de construction inondent le marché, menaçant la compétitivité des entreprises nationales et compromettant l’essor du « Made In Cameroon ».
Dans un contexte économique déjà fragile, le Cameroun fait face à une montée alarmante des importations illégales en provenance du Nigeria. Les chiffres publiés par l’Institut national de la statistique (INS) révèlent une situation préoccupante pour l’économie locale, où des produits tels que les carburants, les chaussures et les matériaux de construction inondent le marché, souvent au détriment de la production nationale. En 2024, les carburants nigérians sont devenus le moteur principal de ce commerce illicite, représentant à eux seuls 33 % des exportations frauduleuses vers le Cameroun.
Les données de l’INS montrent que les ventes informelles de chaussures ont également connu une croissance vertigineuse. En effet, entre 2023 et 2024, le volume des importations clandestines de chaussures a explosé de 170,8 %, atteignant 21,2 milliards de FCFA. Cette tendance inquiétante souligne non seulement l’attrait croissant pour les produits importés à bas prix, mais aussi la capacité des réseaux de contrebande à s’adapter et à prospérer dans un environnement économique défavorable.
Les eaux, y compris les eaux minérales, ne sont pas en reste, avec une augmentation de 77,4 %, totalisant 10,25 milliards de FCFA. Les matériaux de construction, tels que les briques et les carreaux, affichent également une hausse impressionnante de 148,9 %. Ces produits, souvent moins chers que leurs homologues locaux, séduisent les consommateurs camerounais, aggravant la situation pour les entreprises nationales qui peinent à rivaliser.
Cependant, tous les segments du marché ne connaissent pas cette effervescence. Les flux de motocycles, par exemple, ont chuté de 61,6 %, tandis que les importations de tissus de coton ont diminué de 35,1 %. Les animaux vivants, notamment les bovins, ont également vu leurs importations en baisse de 56,6 %. Les whiskys et autres boissons alcoolisées ne sont pas épargnés, enregistrant une baisse de 28,9 %. Ces variations illustrent un marché en pleine mutation, où certains produits perdent de leur attrait face à d’autres qui gagnent du terrain.
D’un point de vue plus global, le Nigeria demeure le principal fournisseur informel du Cameroun, représentant 66,5 % des importations non déclarées, soit une facture totale de 176,58 milliards de FCFA. Bien qu’il y ait eu une baisse significative de ces importations entre 2022 et 2023 (-35,2 %), une légère reprise a été observée en 2024 (+1,9 %). Ce renouveau peut être associé à un climat sécuritaire qui s’améliore dans certaines régions du Cameroun, notamment dans l’Extrême-Nord et le Nord-Ouest, des zones clés pour le transit des hydrocarbures et des produits manufacturés.
La situation soulève des questions cruciales sur la stratégie à adopter pour protéger l’économie nationale et soutenir le « Made in Cameroon ». Les autorités doivent redoubler d’efforts pour lutter contre cette contrebande, tout en encourageant la production locale et en sensibilisant les consommateurs aux avantages d’acheter des produits nationaux. Dans un marché de plus en plus saturé par les importations frauduleuses, la survie des entreprises camerounaises dépendra de leur capacité à s’adapter et à innover face à cette concurrence déloyale.
Les défis sont nombreux, mais il est essentiel de faire entendre la voix des producteurs locaux et de créer un environnement propice à leur épanouissement. L’avenir du commerce au Cameroun pourrait bien dépendre de cette lutte contre la contrebande et de la valorisation des produits locaux, afin de garantir un développement durable et inclusif pour tous les acteurs de l’économie.
Anatole Bidias


