Serges Hervé Boyogueno, DG de la Sonamines
(LVDE) – Après la rétrocession de ces réserves minières à la Société nationale des mines par le gouvernement camerounais, Serges Hervé Boyogueno, directeur général de la Sonamines, est désormais tourné vers la recherche de partenaires techniques et financiers pour leur exploitation.
À la suite d’une décision marquante, l’État du Cameroun a rétrocédé trois gisements miniers majeurs à la Société nationale des mines (Sonamines), redéfinissant ainsi le paysage du secteur minier. Le gisement de Nkamouna-Lomié, riche en cobalt, nickel et manganèse, anciennement attribué à Phoenix Mining, rejoint le gisement de rutile d’Akonolinga, qui était sous la direction d’Eramet Cameroun, ainsi que le gisement diamantifère de Mobilong-Limokoali, précédemment détenu par la société sud-coréenne C&K Mining.
Ces mesures, énoncées dans plusieurs arrêtés du ministère des Mines, visent à replacer la Sonamines au cœur de la stratégie nationale pour le développement minier. Cependant, elles soulèvent des interrogations quant à la capacité de cette société à exploiter et valoriser ces ressources sans l’appui de partenaires techniques et financiers. Dans une interview exclusive accordée à EcoMatin, Serges Hervé Boyogueno a souligné que la valorisation des gisements nécessiterait des collaborations avec des partenaires compétents.
« La rétrocession à la Sonamines a pour objectif principal la valorisation des gisements inexploités et le développement du secteur minier, avec la Sonamines comme bras opérationnel de l’État », a-t-il précisé. Ce processus commence par un audit des investissements réalisés par les anciens titulaires, conformément à l’article 93 alinéa 2 du décret régissant les activités minières. « Nous préparons un audit de ces actifs. Une fois terminé, nous aurons une idée précise de leur valeur, ce qui nous permettra de sélectionner les partenaires adéquats », a-t-il ajouté.
Malgré son potentiel, le Cameroun ne possède actuellement aucune mine industrielle en activité. Le secteur minier est majoritairement artisanal, et en 2022, il ne représentait que 1 % du PIB, selon les statistiques officielles. La création de la Sonamines en 2020 visait à structurer ce secteur, longtemps dominé par des projets non développés ou mal encadrés, et à diversifier les ressources du pays face à la baisse des revenus pétroliers.
Les gisements récemment attribués à la Sonamines possèdent un potentiel considérable. Les études de faisabilité réalisées par Eramet révèlent une ressource économiquement exploitable estimée à un million de tonnes de rutile de haute teneur. Pour le gisement de Nkamouna-Lomié, les travaux de Geovic Cameroon S.A. indiquent une ressource évaluée à 68 millions de tonnes de minerai, avec des concentrations de 0,26 % de cobalt, 0,66 % de nickel et 1,48 % de manganèse. De plus, la société C&K Mining Inc a évalué le potentiel diamantifère à 420 millions de carats.
L’interview de Serges Hervé Boyogueno, riche en informations, met en lumière les enjeux cruciaux auxquels la Sonamines doit faire face pour réussir dans cette nouvelle aventure. La recherche de partenaires devient donc essentielle pour transformer ces ressources en opportunités économiques tangibles.
Le développement du secteur minier camerounais pourrait ainsi marquer une étape décisive dans la diversification de l’économie nationale, à condition que les stratégies mises en place soient efficaces. L’avenir du secteur dépendra de la capacité de la Sonamines à naviguer dans ce nouvel environnement et à établir des collaborations fructueuses. Les révélations à venir dans EcoMatin promettent d’éclairer davantage ce tournant stratégique dans le secteur minier du Cameroun.
Anatole Bidias


