(LVDE) – Nonobstant les efforts déployés pour soutenir la production locale, le pays enregistre une hausse considérable de ses importations. Analyse de l’efficacité des politiques agricoles et des conséquences économiques de cette dépendance croissante.
Le secteur agricole camerounais traverse une période critique, marquée par une flambée des importations de maïs. Selon le rapport publié par le ministère de l’Économie, le pays a importé 81 233 tonnes de cette céréale en 2024, soit une augmentation de 103,1 % par rapport aux 39 991 tonnes de 2023. Cette dynamique inquiétante s’accompagne d’une dépense record de 11,1 milliards FCFA, en forte hausse par rapport aux 7,8 millions FCFA de l’année précédente.
Cette situation est préoccupante, car elle reflète une fragilité structurelle de la production agricole nationale. Les chiffres montrent que le volume importé en 2024 dépasse déjà le total des importations des trois années précédentes combinées. Le Cameroun, qui aspire à renforcer sa souveraineté alimentaire, se retrouve ainsi en situation de dépendance accrue face à un produit aussi essentiel que le maïs.
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse explosive des importations. D’une part, la production locale a chuté, en raison de conditions climatiques défavorables et de divers défis logistiques. D’autre part, la demande intérieure a connu une hausse soudaine, exacerbée par des besoins croissants dans les secteurs de l’alimentation animale et de la transformation agroalimentaire. Ce double phénomène a créé un déséquilibre entre l’offre et la demande, forçant le pays à se tourner vers l’étranger pour satisfaire ses besoins.
Le gouvernement a réagi en annonçant la mise en place de dispositifs incitatifs pour relancer la filière maïs. À titre d’exemple, dans le cadre du Programme d’appui au renforcement de la production agricole du Cameroun (Parpac), soutenu par la Banque africaine de développement (BAD), des efforts significatifs ont été déployés. En 2024, plus de 1 287,5 tonnes de semences de maïs et plus d’un demi-million de doses d’engrais minéraux ont été distribuées aux producteurs dans les principaux bassins agricoles.
Cependant, ces initiatives semblent encore insuffisantes face à l’ampleur de la crise. La dépendance croissante aux importations de maïs menace les ambitions de politique d’import-substitution mises en avant par l’État. En favorisant une sortie accrue de devises, cette situation pourrait aggraver la position extérieure du Cameroun et, par extension, celle de l’ensemble de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).
L’impact économique de cette dynamique ne se limite pas seulement à la balance commerciale. La hausse des importations entraîne également une pression sur le FCFA, qui pourrait se déprécier davantage en raison de la fuite de devises. Cela pourrait avoir des répercussions sur l’inflation, rendant les produits alimentaires encore plus chers pour les consommateurs déjà en difficulté.
En somme, le Cameroun doit redoubler d’efforts pour renforcer sa capacité de production locale de maïs. Les politiques mises en place doivent être réévaluées et accompagnées de mesures concrètes pour soutenir les agriculteurs. Sans cela, le pays risque de continuer à dépendre des importations, compromettant ainsi ses ambitions de souveraineté alimentaire et sa stabilité économique à long terme.
Tressy Chouente



