(lavoixdesentreprises.info) – Sidi Ould Tah, ancien ministre mauritanien de l’économie, a été élu président de la Banque africaine de développement (BAD) le 29 mai 2025. Son mandat s’inscrit dans la continuité des priorités de son prédécesseur, Akinwumi Adesina, mais il devra relever des défis majeurs, notamment le désengagement des États-Unis des mécanismes d’aide au développement.
Sidi Ould Tah a été plébiscité par 76,18 % des voix lors des élections à la présidence de la BAD, contre 20,26 % pour le Zambien Samuel Maimbo et 3,55 % pour le Sénégalais Amadou Hott. Ce score est révélateur de la confiance placée en lui pour diriger cette institution cruciale pour le développement économique du continent. À 60 ans, il succède à Akinwumi Adesina, dont le mandat a été marqué par des initiatives significatives, mais également par des tensions géopolitiques croissantes. La situation actuelle, marquée par le désengagement des États-Unis, complique la tâche du nouveau président.
Ould Tah, issu d’une famille d’intellectuels, a toujours évolué dans un environnement propice à la politique. Son parcours académique, couronné par un doctorat en économie, et son expérience dans le secteur bancaire public lui confèrent une légitimité indéniable. En tant que ministre de l’économie depuis 2008, il a navigué à travers les turbulences politiques de la Mauritanie, prouvant sa capacité à maintenir des lignes directrices claires même dans l’adversité.
Les défis qui attendent Ould Tah sont multiples. La BAD, en tant que principale institution de financement du développement en Afrique, joue un rôle essentiel dans le soutien aux projets d’infrastructure, à l’amélioration de l’accès aux services de base et à la promotion de la résilience climatique. Le désengagement des États-Unis, qui réduisent leur aide aux initiatives de développement, représente une menace directe pour les financements dont la banque a besoin pour mener à bien ses projets. En 2024, les États-Unis avaient déjà annoncé une diminution de leur contribution, ce qui pousse la BAD à diversifier ses sources de financement.
En outre, Ould Tah devra faire face à des défis internes. La gestion des relations entre les pays membres, souvent marquées par des intérêts divergents, sera cruciale pour maintenir l’harmonie au sein de l’institution. Le président devra également continuer à renforcer la confiance des investisseurs dans les projets africains, un aspect essentiel pour attirer des fonds privés. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : en 2023, les investissements privés en Afrique ont chuté de 15 %, un signal alarmant qui nécessite une réponse stratégique.
Un autre défi important est la nécessité de renforcer l’impact des projets financés par la BAD sur le terrain. Il sera impératif d’instaurer des mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux pour garantir que les initiatives répondent effectivement aux besoins des populations locales et contribuent à un développement durable. La lutte contre la corruption et l’amélioration de la transparence dans la gestion des fonds seront également des priorités pour Ould Tah, afin de restaurer la confiance du public et des partenaires internationaux.
Sidi Ould Tah a exprimé son intention de s’inscrire dans la continuité des priorités définies par son prédécesseur, mais le contexte actuel impose une adaptation rapide et efficace. La BAD doit non seulement s’ajuster aux nouvelles réalités géopolitiques, mais également veiller à ce que le développement économique en Afrique ne soit pas compromis par des défis externes.
En somme, le parcours de Sidi Ould Tah à la tête de la Banque africaine de développement sera un véritable test de ses capacités de leadership. Les attentes sont élevées, et les défis sont nombreux. Son succès dépendra de sa capacité à naviguer dans un paysage complexe, à bâtir des alliances solides et à inspirer confiance, tant au sein de l’institution qu’auprès des pays membres. Les yeux du continent sont rivés sur lui, espérant que son mandat marquera une période de transformation positive pour l’Afrique.
Raphaël Mforlem


