
(lavoixdesentreprises.info) – Ce chiffre a récemment été révélé dans un rapport publié par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (Cesa), mettant en lumière les enjeux économiques et géopolitiques de la présence des entreprises chinoises au sein des ports en Afrique.
Selon une étude récemment publiée par le Cesa, près de la moitié des ports en Afrique construits ou gérés par des entreprises chinoises présentent des caractéristiques techniques qui permettent d’accueillir des flottes de la marine de Pékin. Ce rapport, intitulé « Mapping China’s strategic port development in Africa », indique qu’un total de 78 ports sur le continent, représentant environ 33 % des infrastructures portuaires, sont sous l’influence directe de la Chine. Cette implication s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à renforcer les échanges commerciaux tout en répondant à des objectifs géostratégiques.
Les projets portuaires chinois s’étendent sur 32 pays africains, avec une concentration notable en Afrique de l’Ouest, où 35 ports sont concernés, suivis par 17 en Afrique de l’Est, 15 en Afrique australe et 11 en Afrique du Nord. Comparativement, la présence chinoise dans les infrastructures portuaires d’autres régions, comme l’Amérique latine ou l’Asie, reste marginale, avec respectivement 10 et 24 ports.
Dans de nombreux cas, les entreprises d’État chinoises dominent l’ensemble du processus de développement portuaire, depuis le financement jusqu’à l’exploitation. Par exemple, la China Communications Construction Corporation (CCCC) est souvent à l’origine des contrats principaux, déléguant certaines tâches à ses filiales, telles que la China Harbor Engineering Company (CHEC). Celle-ci finance et construit des ports, tout en conservant des parts significatives de ces infrastructures. Le Lekki Deep Sea Port au Nigeria illustre bien cette dynamique, où la CHEC a non seulement réalisé les travaux d’ingénierie, mais a aussi obtenu un prêt pour le financement, tout en prenant une participation majoritaire dans le port.
Le rapport met également en avant l’intérêt économique pour la Chine, qui pourrait réaliser jusqu’à 13 dollars de recettes commerciales pour chaque dollar investi dans ces infrastructures. Les entreprises qui gèrent ces ports bénéficient d’un contrôle stratégique sur les échanges, influençant les tarifs et l’accès aux installations. Cela leur permet de favoriser les intérêts commerciaux de leur pays d’origine, en déterminant qui peut accéder aux quais et en offrant des conditions avantageuses à leurs propres navires.
Au-delà des considérations économiques, cette stratégie chinoise s’inscrit dans une vision géopolitique plus large. Les plans quinquennaux du gouvernement chinois, comme celui pour 2021-2025, évoquent des corridors de connectivité qui passent par l’Afrique, renforçant ainsi l’initiative des « Nouvelles routes de la soie ». Cette approche vise à établir des liens solides entre la Chine et plusieurs pays africains, facilitant l’accès aux marchés tout en consolidant l’influence de Pékin sur le continent.
La présence militaire de la Chine dans certains ports africains souligne aussi l’aspect géostratégique de cette initiative. Sur les 78 ports concernés, 36 ont déjà été utilisés par la marine chinoise pour des escales ou des exercices, incluant des installations clés comme celles de Maputo, Dar es Salaam et Durban. Cela met en évidence le potentiel de ces infrastructures à servir de bases navales, renforçant la capacité de la Chine à projeter sa puissance en mer.
Un exemple frappant est le port de Doraleh à Djibouti, qui a été transformé en 2017 pour devenir la première base militaire chinoise à l’étranger, illustrant le chevauchement entre les intérêts commerciaux et militaires de Pékin. Les autorités militaires chinoises considèrent ces bases comme des « plateformes pour établir une présence maritime intégrée », soulignant l’interconnexion des objectifs économiques et stratégiques.
Cependant, l’analyse du Cesa met en garde contre une vision limitée des impacts des investissements chinois sur le développement économique africain. Elle souligne la nécessité pour les pays africains de ne pas se laisser enfermer dans des dépendances géopolitiques, mais de privilégier leurs propres intérêts lors des négociations avec Pékin. Cela implique une réflexion plus large sur la souveraineté et la sécurité, afin d’éviter que ces investissements ne se traduisent par une perte de contrôle sur des infrastructures critiques.
L’implication de la Chine dans les ports africains n’est pas seulement une question d’infrastructure, mais un enjeu complexe qui mêle développement économique et ambitions géostratégiques. Les pays africains doivent naviguer prudemment dans cette dynamique pour maximiser leurs bénéfices tout en préservant leur autonomie stratégique.
Sorelle Ninguem


