Eric Valery ZOA, Directeur Général de AFG Bank Cameroun
Pour Canyon Resources, l’accès aux 36,5 milliards de FCFA encore disponibles pour développer le gisement de bauxite de Minim-Martap, dans l’Adamaoua, dépend désormais d’une inspection du site. Dans son rapport trimestriel publié le 30 octobre 2026, le groupe australien indique qu’une visite est programmée en novembre à la demande d’AFG Bank Cameroon. Cette étape doit permettre à la banque de poursuivre son examen du projet avant d’envisager une éventuelle reprise des décaissements. La suspension, décidée le 24 août, ne signifie toutefois pas que le crédit syndiqué de 82 milliards de FCFA a été annulé.
Initialement annoncée dans un délai de 30 jours, l’inspection intervient dans un contexte où l’examen bancaire se prolonge. AFG Bank attend notamment de finaliser son appréciation du calendrier de développement, du modèle financier et des paramètres économiques du projet. Canyon affirme avoir transmis les documents demandés au troisième trimestre. La visite ne garantit cependant pas le dégel des fonds, qui reste soumis à l’appréciation des prêteurs. Au 30 septembre 2026, Camalco avait mobilisé 45,5 milliards de FCFA, soit environ 55,5 % du financement accordé.
Ce blocage entretient l’incertitude sur la date des premières exportations. Canyon a renoncé à son objectif d’expédier les premières cargaisons au quatrième trimestre 2026 et n’a pas annoncé de nouvelle échéance. Les préparatifs logistiques se poursuivent néanmoins. Après la clôture du trimestre, 125 des 160 wagons commandés pour transporter le minerai sont arrivés au port de Douala. Les 35 autres sont attendus avant la fin de l’année. Les sept locomotives livrées en juin ont, quant à elles, fait l’objet d’essais, d’opérations de mise en service et de formations pour les conducteurs.
Le groupe prévoit de tester au quatrième trimestre un convoi composé de sept locomotives et de 60 wagons. Une fois la première flotte opérationnelle, la capacité de transport est estimée à 35 000 tonnes de bauxite par mois, soit un rythme annualisé de 420 000 tonnes. La route reliant le gisement au terminal ferroviaire approche également de son achèvement. Mais ces avancées ne suffisent pas à lancer les expéditions : le dragage nécessaire aux opérations portuaires et l’installation d’un système de transbordement vers les navires de haute mer restent à finaliser. Canyon étudie plusieurs solutions avec des prestataires spécialisés, sans avoir arrêté son choix ni communiqué de calendrier de mise en service.
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Au-delà de cette première phase, Canyon prépare une extension visant une capacité de production de 2 millions de tonnes par an. Son financement nécessiterait environ 160 millions de dollars américains supplémentaires, principalement pour acquérir des équipements ferroviaires et moderniser certaines sections de la voie. La banque d’affaires Jefferies a été mandatée pour rechercher ces ressources. Parmi les options examinées figurent les avances de futurs acheteurs, les partenariats industriels et les apports en capital. Aucun accord définitif n’a été annoncé. Ces besoins pour l’expansion s’ajoutent aux dépenses restant à engager pour achever les infrastructures nécessaires aux premières exportations.
La trésorerie du groupe ajoute à la pression. Ses liquidités sont passées de 45,8 millions de dollars australiens fin juin à 30,4 millions fin septembre 2026, soit une baisse de 33,6 % en trois mois. Le rapport affiche une autonomie financière théorique de 31,6 trimestres, mais cet indicateur intègre 91,1 millions de dollars australiens de crédit non tiré, dont les décaissements sont actuellement suspendus. Il ne prend en compte ni les ressources encore nécessaires à l’achèvement de la première phase ni les 160 millions de dollars américains recherchés pour la seconde. Alors que l’essentiel des dépenses de la première phase est déjà engagé ou contractualisé, Canyon ne précise pas le montant restant à mobiliser pour finaliser les installations portuaires. L’issue de la visite de novembre pèsera donc sur la suite du calendrier industriel et financier de Minim-Martap.
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Amélie Yandal



