Le retour aux bénéfices d’Alucam en 2025 porte incontestablement la marque de l’État. Après trois exercices consécutifs marqués par de lourdes pertes, le producteur public d’aluminium a enregistré un résultat net positif de 279,3 millions de FCFA. Une performance qui tranche avec les déficits de 23,8 milliards de FCFA en 2024, 23,6 milliards en 2023 et près de 8 milliards en 2022.
Au cœur de ce redressement figure la décision des pouvoirs publics de reprendre une partie des dettes accumulées par l’entreprise auprès du distributeur d’électricité Eneo. Confrontée à des tensions de trésorerie et à des factures énergétiques impayées entre 2023 et 2024, Alucam devait plus de 20 milliards de FCFA à son fournisseur d’électricité. En avril 2025, un protocole conclu avec l’État a permis d’apurer l’essentiel de cette dette, offrant à l’entreprise une marge de manœuvre financière devenue indispensable.
L’impact de cette opération apparaît clairement dans les comptes. Alucam a enregistré près de 16 milliards de FCFA de produits exceptionnels liés à la reprise de cette dette. À cela se sont ajoutées diverses opérations d’assainissement comptable, notamment des reprises de provisions et la régularisation d’anciennes créances. Au total, plus de 22 milliards de FCFA d’éléments exceptionnels ont contribué à remettre les comptes dans le vert.
L’entreprise n’a cependant pas compté uniquement sur ce soutien public. Elle a également poursuivi ses efforts de réduction des coûts. Les achats de matières premières ont reculé de 52,1 à 48,7 milliards de FCFA entre 2024 et 2025, tandis que les dépenses liées aux prestations extérieures sont passées de 7,6 à 5,9 milliards de FCFA. Cette discipline de gestion a permis de dégager un excédent brut d’exploitation de 14,3 milliards de FCFA, contre une perte opérationnelle de 9,4 milliards un an plus tôt.
Malgré ces avancées, les fondamentaux de l’entreprise demeurent fragiles. Le chiffre d’affaires a chuté de 15 %, passant de 94,4 milliards à 79,9 milliards de FCFA. Les exportations hors de la zone CEMAC ont particulièrement souffert, enregistrant une baisse de 34 %. Cette contre-performance traduit les difficultés d’Alucam à retrouver son niveau de production d’avant l’incident électrique de 2020 qui avait endommagé plusieurs installations stratégiques de son usine d’Edéa.
Pour autant, Alucam conserve une place centrale dans la stratégie industrielle du Cameroun. L’entreprise est engagée dans plusieurs projets de développement, dont un partenariat avec Prometal visant à structurer une filière intégrée bauxite-alumine-aluminium. Une initiative qui pourrait renforcer la transformation locale des ressources minières et accroître la valeur ajoutée industrielle du pays.
Si l’intervention de l’État a permis d’éviter l’asphyxie financière et de restaurer temporairement la rentabilité, le chantier du redressement reste ouvert. Les fonds propres demeurent négatifs à plus de 51 milliards de FCFA et les charges financières dépassent encore les 4 milliards de FCFA. Pour transformer cette embellie en relance durable, Alucam devra désormais améliorer sa compétitivité, moderniser ses équipements et reconquérir ses marchés à l’export.



