(LVDE) — Confronté à une nouvelle érosion de ses performances et à une crise d’image autour de Perrier, le géant suisse de l’agroalimentaire envisage de se séparer de son activité eaux minérales. Une réorganisation stratégique destinée à redresser la rentabilité et restaurer la confiance des marchés.
Le géant mondial Nestlé traverse une zone de turbulences. Pour la troisième année consécutive, ses résultats annuels 2025 affichent un recul, dans un contexte marqué par des tensions sur plusieurs marques phares, dont Perrier. L’affaire liée à la gestion des traitements d’eaux minérales naturelles en France a ébranlé la crédibilité du groupe et ravivé les interrogations sur la conformité réglementaire de certaines pratiques industrielles.
Selon les données publiées dans son rapport financier 2025, Nestlé a enregistré une baisse de son chiffre d’affaires organique et une contraction de sa marge opérationnelle, affectée par la hausse des coûts de production et les ajustements de portefeuille. Si le groupe demeure solide avec plus de 90 milliards de francs suisses de revenus annuels, la dynamique ralentit dans certaines catégories stratégiques.
La division eaux et boissons, bien que considérée comme résiliente, subit de plein fouet les répercussions médiatiques et réglementaires. En France, les révélations sur l’utilisation de traitements non conformes aux normes applicables aux eaux minérales naturelles ont entraîné des contrôles renforcés et des débats publics. Les autorités sanitaires françaises ont rappelé que la réglementation européenne interdit toute désinfection chimique des eaux minérales, une exigence qui distingue ces produits de l’eau de table.
Dans ce contexte, Nestlé a annoncé envisager la séparation progressive de sa branche eaux d’ici 2027. Cette scission pourrait prendre la forme d’une introduction en bourse partielle ou d’une cession à un investisseur stratégique. L’objectif affiché est de simplifier le portefeuille d’activités et de concentrer les ressources sur les segments jugés plus porteurs, notamment la nutrition, la santé et les produits à forte valeur ajoutée.
Le marché mondial de l’eau embouteillée reste toutefois dynamique. D’après les estimations d’Euromonitor et de Statista, il dépasse 300 milliards de dollars et continue de croître sous l’effet de l’urbanisation et des préoccupations sanitaires. Mais la concurrence s’intensifie et les exigences environnementales pèsent sur les coûts, notamment en matière de recyclage des emballages plastiques.
Pour les analystes financiers, cette réorganisation traduit une volonté de restaurer la confiance des investisseurs après plusieurs exercices en demi-teinte. La capitalisation boursière de Nestlé, bien qu’encore élevée, a subi des fluctuations en lien avec les controverses récentes. En détachant son activité eaux, le groupe espère clarifier sa stratégie et isoler les risques réputationnels.
La décision finale devrait intervenir dans les prochains mois, sous réserve des arbitrages internes et des conditions de marché. Elle marque en tout cas une nouvelle étape dans l’évolution d’un acteur historique de l’industrie agroalimentaire mondiale.
Amelie Yandal



